Prière de l’âme embrasée d’amour

Prière de l’âme enamourée

1.Seigneur Dieu, mon Bien-Aimé, 2.si tu te souviens encore de mes péchés pour ne pas accomplir ce que je te demande, fais en eux, mon Dieu, ta volonté, qui est ce que je désire par-dessus tout ; exerce ta bonté et ta miséricorde, et tu seras connu en eux.

3.Et si ce sont mes œuvres que tu attends pour exaucer ma prière par ce moyen, donne-les-moi, toi, et fais-les-moi, avec les peines que tu voudrais accepter, et que cela se fasse !

4.Et si ce ne sont pas mes œuvres que tu attends, qu’attends-tu donc, mon très clément Seigneur ? Pourquoi tardes-tu ? Car enfin, si ce que je te demande au nom de ton Fils doit être grâce et miséricorde, prends mon obole puisque tu la désires et donne-moi ce bien puisque toi aussi tu le veux.

5.Qui pourra se libérer de ses basses manières et de ses pauvres limites, si toi-même tu ne l’élèves à toi en pureté d’amour, mon Dieu ? Comment s’élèvera jusqu’à toi l’homme engendré et grandi dans la bassesse, si toi-même ne l’élèves, Seigneur, avec ta main qui l’a fait ?

6.Tu ne m’enlèveras pas, mon Dieu, ce qu’une fois tu m’as donné en ton Fils unique Jésus-Christ. En lui tu m’as donné tout ce que je désire.

C’est pourquoi je me réjouirai de ce que tu ne tardes pas, si moi j’attends.

7. Avec quels atermoiements attends-tu, mon âme, puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu en ton cœur?

8.À moi sont les cieux et à moi est la terre; et à moi sont les peuples, les justes sont à moi et à moi les pécheurs ; les anges sont à moi et la Mère de Dieu est à moi et toutes les choses sont à moi ; et Dieu même est à moi et pour moi, parce que le Christ est à moi et tout entier pour moi. Alors que demandes-tu et que cherches-tu donc, mon âme ? À toi est tout ceci et tout ceci est pour toi. Ne t’estime pas moindre. Ne t’arrête pas aux miettes qui tombent de la table de ton Père.

9.Sors au dehors et glorifie-toi en ce qui fait ta gloire. Cache-toi en elle et sois dans la joie, et tu obtiendras ce que ton cœur demande.

Saint Jean de la Croix, dans les « Dits de lumière et d’amour » (ou « Avis et Maximes ») n° 26