Neuvaine 2026

Jour 9 (samedi 23 mai)

Sors au dehors et glorifie-toi en ce qui fait ta gloire. Cache-toi en elle et sois dans la joie, et tu obtiendras ce que ton cœur demande.

Pour le dernier jour, nous avons ici comme le « bouquet final » d’un feu d’artifice qui, en peu de mots, nous récapitule tout…

Dans ce bouquet, nous retrouvons les thèmes abordés au cours de cette Neuvaine : désir d’union, décentrement, humilité, beauté de notre vocation, mission, joie…

La dernière invitation de cette prière est celle de la joie !

« Soyons dans la joie, exultons, et rendons gloire à Dieu ! Car elles sont venues, les Noces de l’Agneau, et pour lui son épouse a revêtu sa parure » Ap 19, 7.

Les Noces de l’Agneau avec l’humanité… Les Noces avec l’âme embrasée…c’est bien ce que son cœur demande !

« Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez : ainsi votre joie sera parfaite » Jn 16, 24

Demander au nom de Jésus, c’est s’appuyer sur sa prière à Lui, son désir à Lui : c’est Lui qui veut nous combler de sa joie, qui la demande pour nous au Père. 

« Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés ». Jn 17, 13

Comme Marie, la Comblée-de-Grâce, qui après la visite de l’ange, s’empresse de sortir de chez elle pour aller voir Elisabeth et chanter le Magnificat, « sortons au dehors » !

« Sors au dehors »…

Comme Jésus Ressuscité a dit à Marie-Madeleine « Cesse de me tenir…. Va trouver mes frères … », aujourd’hui l’Esprit-Saint nous envoie annoncer la bonne nouvelle de l’Amour vainqueur à tous, pour que tous deviennent des « âmes énamourées » !

Jésus nous dit : « Sors de tes petites affaires, tes petites préoccupations, tes plans à toi… » Comme lorsqu’Il disait à Thérèse d’Avila de se charger de ses intérêts à Lui comme des siens propres, et qu’Il prendrait soin de ses intérêts à elle…

C’est le fameux « décentrement » dont nous avons parlé tout au long de la Neuvaine…

Elisabeth de la Trinité avait une belle expression pour dire cela : « se perdre de vue »…

« Marcher en Jésus-Christ, il me semble que c’est sortir de soi, se perdre de vue, se quitter, pour entrer plus profondément en Lui à chaque minute qui passe, si profondément que l’on y soit enraciné, et qu’à tout événement, [à] toute chose on puisse lancer ce beau défi : « Qui me séparera de la charité de Jésus-Christ ? » Lorsque l’âme est fixée en Lui en de telles profondeurs, quand ses racines y sont ainsi plongées, la sève divine s’épanche à flots en elle, et tout ce qui est vie imparfaite, banale, naturelle est détruit ; alors, selon le langage de l’Apôtre, « ce qui est mortel est absorbé par la vie ». L’âme ainsi « dépouillée » d’elle-même et « revêtue » de Jésus-Christ n’a plus à craindre les contacts du dehors, ni les difficultés du dedans, car ces choses, loin de lui être un obstacle, ne font que « l’enraciner plus profondément en l’amour » de son Maître. A travers tout, envers et contre tout, elle est en état de « l’adorer toujours à cause de Lui-même ». Car elle est libre, délivrée d’elle-même et de tout ; elle peut chanter avec le psalmiste : « Qu’une armée m’assiège, je ne crains pas ; qu’un combat surgisse, j’espère malgré tout ; car Jahvé me cache dans le secret de sa tente » et cette tente n’est autre que Lui-même. Voilà, il me semble, ce que saint Paul entend quand il [dit] : « être enraciné en Jésus-Christ ».

Elisabeth aimait aussi beaucoup l’expression, tirée de Saint Paul : « cachée en Dieu ».

« En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu » Col 3, 3

« Cache-toi en elle »…

Où ?

« Glorifie-toi en ta gloire »

« Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. Et quiconque met en lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur. » 1 Jn 3, 1-3

Gloire d’être appelé enfant de Dieu ! C’est cela qui fait le poids de notre existence, notre consistance… C’est de cela seulement qu’il faut s’enorgueillir !

Mais dans l’évangile de saint Jean, la « glorification » de Jésus, c’est aussi le moment où il se livre par amour : le moment de sa passion, de sa mort, et puis seulement bien sûr de sa résurrection.

 « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié.

Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle.

Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. 

Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! »

Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. »

 En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlé. »

 Mais Jésus leur répondit : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous.

Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » Jn 12, 23-32

 L’heure de la glorification de Jésus c’est l’heure du plus grand Amour…donner sa vie. Et il nous invite à le suivre ! Peut-être pas dans la même passion mais dans le don total, oui ! « Se glorifier en ce qui fait notre gloire » c’est donc aussi accepter de suivre le même chemin de don de nous-même que Jésus !

Cache-toi en elle

S’y cacher…c’est-à-dire se cacher à ses propres yeux, ne voir que Dieu …

C’est aussi le cœur à Cœur dont nous avons parlé…

Saint Jean de la Croix, dans le commentaire qu’il fait lui-même de son poème « Cantique spirituel », dit, à propos de la première phrase « Où t’es-tu caché, Bien-Aimé ? » :

(…) « Puisqu’il est en moi celui qu’aime mon âme, comment ne le trouvé-je pas, ni ne le senté-je ? La raison en est qu’il est caché, et que tu ne te caches pas aussi pour le trouver et le sentir ; parce que celui qui doit trouver une chose cachée, doit se cacher aussi et entrer jusqu’à la cache où elle est, et quand il l’a trouvée, lui aussi est caché comme le champ de ton âme, pour lequel le sage marchand donna tous ses biens (Mt 13,44), il conviendra que pour que tu le trouves, te caches en ta retraite intérieure de l’esprit et, refermant la porte en secret (Mt 6,6) ; et ainsi, restant cachée avec Lui, alors tu le sentiras en secret et tu l’aimeras et en jouiras en secret et te délecteras en secret avec Lui, à savoir, au-dessus de tout ce que peuvent saisir la langue et le sens. »

Dans l’oraison, il recommande de « se cacher dans la même cachette »…c’est-à-dire ne pas trop se (re)chercher soi-même !

Sois dans la joie et tu obtiendras ce que ton cœur demande.

Voilà la finale de cette prière…

L’âme amoureuse s’apaise en ayant trouvé comment obtenir ce qu’elle demande.

Elle se laisse maintenant doucement « tirer par la ceinture » (Jn 21, 18) pour être emmenée par l’Amour « partout où Il va », comme dit Jean dans l’Apocalypse « ceux-là suivent l’Agneau partout où Il va » Ap 14, 4

Que demander en cette veille de Pentecôte si ce n’est l’Esprit-Saint ?

En ce dernier jour, demandons plus que jamais de pouvoir L’accueillir d’une façon nouvelle, plus profonde, plus décentrée de nous-mêmes, cherchant à faire Sa joie à Lui, en étant dans la joie pour sa joie à Lui !

« Soyez joyeux » recommandait instamment saint Philippe Neri aux jeunes de l’Oratoire. « L’enjouement fortifie le cœur ; il nous aide à persévérer dans une vie sainte ; les serviteurs de Dieu (de l’Amour ? ) doivent donc être toujours de bonne humeur. »

 « donne la joie éternelle » est la dernière demande de la séquence de Pentecôte…

Demandons cette joie de l’Esprit-Saint !

Et avec Marie, chantons le Magnificat !

« Mon âme exalte le Seigneur,

exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

Il s’est penché sur son humble servante ;

désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !

Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.

Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.

Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.

Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,

de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »

Question :

Quel(s) petit(s) pas l’Esprit-Saint veut-Il réaliser en moi à l’issue de cette Neuvaine,  dans la prière, la conversion, l’amour ?

Suggestion de textes pour la méditation :

Lc 1, 46-55 Magnificat

Jn 12, 23-32

Jn 16

Jn 17

1Jn 3

Sainte Elisabeth de la Trinité : ô mon Dieu Trinité que j’adore

O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire Sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel , votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre Action créatrice.

     O mon Christ aimé crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Cœur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer… jusqu’à en mourir! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous même», d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu’un rayonnement de votre Vie. Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur.
     O Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable, afin d’apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière; ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement. 

     O Feu consumant, Esprit d’amour, « survenez en moi» afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe: que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère. Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, « couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances ».

     O mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m’ensevelisse en vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs.

Intercession avec la Séquence de Pentecôte :

Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle.

Offrons notre vie et notre prière pour le salut de toute l’humanité., que tous puissent un jour recevoir Ta joie éternelle.

Jour 8 (vendredi 22 mai)

À moi sont les cieux et à moi est la terre ; et à moi sont les peuples, les justes sont à moi et à moi les pécheurs ; les anges sont à moi et la Mère de Dieu est à moi et toutes les choses sont à moi ; et Dieu même est à moi et pour moi, parce que le Christ est à moi et tout entier pour moi. Alors que demandes-tu et que cherches-tu donc, mon âme ? À toi est tout ceci et tout ceci est pour toi. Ne t’estime pas moindre. Ne t’arrête pas aux miettes qui tombent de la table de ton Père.

Dans ce passage, on ne compte pas moins de douze fois « à moi » ou « pour moi » ! Sans compter deux fois « toi » mais en se parlant à soi-même. Comment est-ce possible alors que l’âme amoureuse était sur le chemin du décentrement d’elle-même ?

Est-ce une régression monstrueusement égocentrique ?

Non ! C’est tout le contraire ! Ce n’est pas très explicite, tellement cette prière est dense. Il faut un peu lire entre les lignes en se basant sur la spiritualité de saint Jean de la Croix…

C’est quand l’âme est totalement décentrée d’elle-même, toute « vide » qu’elle peut ainsi tout recevoir, tout partager avec Dieu.

Jan Ruysbroeck dit aussi à peu près la même chose que Jean de la Croix mais c’est plus explicite que nous avons tout si « nous ne vivons que pour lui » !

 « C’est pour cette dignité (vivre avec Lui) qu’il a fait les hommes et les Anges. Son don, c’est son royaume, et son royaume c’est lui-même, et il est propre à nous, si nous ne vivons que pour lui. Le ciel, la terre et toute créature sont là pour nous. Il nous a donné la raison, et au-dessus de la raison, la liberté (…) Voilà la vie (…) offerte aux hommes libres, aux adhérents de Dieu seul, et il demeure en eux, et ils demeurent en lui. »

« Tout ce qui est moi est à toi » dit le Père au fils aîné dans la parabole du fils prodigue. (Lc 15,31) Mais seulement s’il accepte que « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi » Or, aucun des deux fils ne voulait être toujours avec son Père. L’un est parti, l’autre voulait le servir contre une rétribution… Mais aucun des deux n’avait compris le « toujours avec moi » pour « tout partager »…

Ce qu’impliquait le « toujours avec », c’était « devenir enfant », « si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » …donc l’inverse d’une croissance humaine…

Ici, l’âme amoureuse s’est peu à peu détachée de tout. Y compris de sa croissance spirituelle. Elle a réalisé qu’elle ne pouvait pas obtenir l’union à Dieu par ses propres forces, que ce soit en essayant de se débarrasser seule de ses péchés, ou en accomplissant des œuvres, ou en dépassant ses limites, en se grandissant…

Elle a compris qu’il fallait « rester petite et le devenir de plus en plus » comme disait Thérèse au sujet de l’Ascenseur…

Elle a entrepris de garder son cœur sans cesse ouvert et de ne pas attendre le lendemain pour se donner à 100% à Dieu…

Elle s’est dépouillée même de son désir, si fort au début, au profit de son désir à Lui…

Elle Lui a tout confié…tout abandonné… même son amour…

 « puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu en ton cœur », allons plus loin qu’hier… Nous avons vu rapidement que c’était avec l’amour même de Dieu…

Pourquoi ? Parce que c’est Lui qui habite le cœur vraiment profond, le lieu le plus profond et secret de l’âme…

« aimer Dieu en son cœur » ne signifie donc pas seulement aimer Dieu avec notre propre cœur mais avec le cœur de Dieu, l’amour de Dieu, Lui qui réside au plus profond de notre âme.

L’âme amoureuse, en se dépouillant de tout ce qui n’est pas Dieu, est donc descendue au plus profond de son âme, là où c’est maintenant Dieu qui aime en elle …

Alors tout est à elle en Dieu…elle a tout en commun avec Dieu…

C’est pour cela qu’elle s’exclame, en une grande louange, avec ces répétitions qui témoignent de son exultation : « À moi sont les cieux et à moi est la terre ; et à moi sont les peuples, les justes sont à moi et à moi les pécheurs ; les anges sont à moi et la Mère de Dieu est à moi et toutes les choses sont à moi ; et Dieu même est à moi et pour moi, parce que le Christ est à moi et tout entier pour moi. »

Elle est non seulement en pleine communion avec la Trinité mais aussi avec le Ciel entier, tous les anges, tous les saints… la grande « communion des saints » qui existe entre le Ciel et la terre… mais qui ne concerne pas que les « justes » …Puisqu’il y a aussi les pécheurs… Toutes les âmes sont en lien…

Ces quelques lignes sont très denses…Nous allons voir séparément quelques points…

On peut distinguer les « choses » et les êtres vivants…

« À moi est la terre » et « toutes les choses sont à moi » : le créé… comme nous l’avons vu en commençant, lorsqu’elle s’est détachée de tout le créé, elle peut le recevoir à nouveau en Dieu.

Les justes et les anges : c’est la Communion des saints, dont nous venons de parler…

Avec une mention spéciale pour « la Mère de Dieu ». Il est significatif que Saint Jean de la Croix utilise, pour nommer la Vierge Marie, le vocable de « mère de Dieu » : son rôle souligné ici est celui « d’enfanter Dieu en nous », de favoriser l’union à Dieu qui est recherchée tout au long de cette prière. Et c’est également le rôle des saints et anges, d’aider les autres âmes… Pensons à Thérèse de Lisieux qui a explicitement dit qu’elle passerait son Ciel à faire du bien sur la terre…Mais il ne faudrait pas croire que les autres saints ne le font pas. Ils le font tous ! Thérèse elle-même, avant d’en faire partie au Ciel, d’où elle nous aide efficacement, s‘est beaucoup appuyée sur les saints. Et nous savons où cela l’a conduite ! D’ailleurs elle cite, dans ses écrits, pas moins de six fois ce passage de la « prière de l’âme énamourée », qu’elle connaissait donc très bien !

Nous pouvons nous appuyer sur eux, puisqu’ils n’ont qu’un désir, partager avec nous le trésor de l’Amour de Dieu…

« A moi les pécheurs » ? C’est peut-être un peu plus difficile à comprendre…tout est si condensé dans cette envolée lyrique …

Saint François de Sales distingue aussi dans les différentes sortes d’amour « l’amour de compassion », après l’amour de complaisance et de bienveillance que nous avons vus hier…

L’âme unie à l’amour de Dieu partage aussi son immense amour de compassion pour les pécheurs, pour tous les hommes…

Comme Jésus a souvent été « saisi aux entrailles » par la compassion pour les foules, les entrailles des amis de Dieu frémissent en pensant à tous ceux qui se perdent…

Jésus appelle ses bons amis à partager son souci des âmes… Relisons la transcription qu’a faite Mère Teresa de son Appel intérieur. C’est la voix de Jésus qui parle. Si cet appel était spécifique pour mère Teresa, nous pouvons aussi nous sentir interpellés par le désir qu’a Jésus que nous partagions son souci pour le salut des âmes… C’est un exemple valable pour nous tous de l’amour de compassion de Jésus pour les âmes des pécheurs qui se perdent…Et nous pouvons, nous aussi, nous sentir appelés, non pas à la vocation spécifique de Mère Teresa mais à nous mettre à la disposition de l’Esprit-Saint pour ce qu’Il nous inspirera de faire pour le salut des âmes.

Nous le demandons d’ailleurs souvent à la fin de la prière des Serviteurs de l’Amour : « Que ma vie soit un acte d’amour au service de mes frères et sœurs pour leur salut et pour la gloire de Dieu » Désirons le vraiment…

 « Et que cela se fasse ! » comme dit Saint Jean de la Croix !

« Tu es devenue mon Épouse par Amour de Moi – tu es venue en Inde pour Moi. La soif que tu avais pour les âmes t’a amenée jusque-là. – As-tu peur de faire un pas de plus pour ton Époux – pour Moi – pour les âmes ? – Ta générosité s’est-elle refroidie ? Est-ce que Je viens en second pour toi ? Tu n’es pas morte pour les âmes – c’est pour cela que tu ne te soucies pas de ce qui leur arrive. – Ton cœur n’a jamais été submergé par le chagrin comme celui de Ma Mère. Tous les deux nous avons tout donné pour les âmes – et toi ? Tu as peur de perdre ta vocation – de devenir laïque – de manquer de persévérance. – Non – ta vocation est d’aimer, de souffrir, de sauver des âmes et c’est en faisant ce pas que tu réaliseras le désir de Mon Cœur pour toi. – C’est cela ta vocation. (…)

«Tu Me disais toujours : « Faites de moi tout ce qu’il Vous plaira » – Maintenant Je veux agir – laisse-Moi faire – Ma petite Épouse – Ma toute petite. – Ne crains pas – Je serai toujours avec toi. – Tu souffriras et tu souffres à présent – mais si tu es Ma petite Épouse – l’Épouse de Jésus Crucifié – il te faudra endurer ces tourments dans ton cœur. – Laisse-Moi agir – Ne Me refuse rien – Fais-Moi tendrement confiance – fais-Moi aveuglément confiance. » « Ma petite donne-Moi des âmes – donne-Moi les âmes des pauvres petits enfants des rues. – Comme cela fait mal – si seulement tu savais – de voir ces pauvres enfants souillés de péché. Je désire intensément la pureté de leur amour. – Si seulement tu répondais à Mon appel – et que tu M’amenais ces âmes – que tu les retirais des mains du malin. – Si seulement tu savais combien de petits tombent chaque jour dans le péché. Il y a des couvents avec de nombreuses religieuses pour s’occuper des riches et des bien-portants, mais pour Mes très pauvres il n’y en a pas une seule. Ce sont eux que Je désire-eux que J’aime. Refuseras-tu ? »

Soyons toujours à l’écoute de ce que l’Esprit-Saint nous demande…

Et surtout laissons-nous toucher par ce « Refuseras-tu ? » de Jésus …

Entendons-le pour nous aussi…

Revenons à l’ensemble de notre passage du jour…

Dans ce passage est exprimé tout à la fois une action de grâce, une louange de l’âme émerveillée de « recevoir Dieu en partage » et une communion avec toutes les âmes, une grande intercession pour le monde entier, pour tous les peuples !

« Alors que demandes-tu et que cherches-tu donc, mon âme ? À toi est tout ceci et tout ceci est pour toi. Ne t’estime pas moindre. »

Que voulons-nous de plus ? Que cherches-tu mon âme ? Puisqu’on trouve l’Amour dans la recherche elle-même, dans le travail, la souffrance liée à la recherche… Est-ce que je cherche à ce que ce soit facile ?

Oui, chercher toujours l’Amour passe par le renoncement, la souffrance…mais cela en vaut la peine. Ne t’estime pas moindre…Le prix à payer est élevé mais l’Amour est tout…

Hadewijch d’Anvers, mystique du 13ème siècle, l’avait déjà bien compris !

Voilà les conseils qu’elle écrit à l’une de ses disciples :

« Vous et moi qui ne sommes pas encore devenues ce que nous sommes, qui n’avons pas saisi ce que nous avons, et qui tardons si loin encore de ce qui est à nous, il nous faut sans rien épargner supporter que tout nous manque pour tout avoir, apprendre uniquement, insatiablement la vie parfaite de l’Amour qui nous a appelées toutes deux à son œuvre.

Que ni la timidité ni l’obstination ne vous fassent négliger une action bonne. Si vous vous abandonnez à l’Amour, vous atteindrez bientôt la plénitude de l’âge intérieur.

Rien ne doit nous priver du repos et de la joie d’aimer, sinon la conscience que nous ne suffisons pas à l’Amour.

Il ne faut pas oublier que le beau service et la souffrance d’exil ici-bas sont la condition de l’homme.

Où est l’Amour sont aussi labeurs et lourdes peines. […] Ah ! en toute chose soyez compatissante : c’est pour moi-même un urgent devoir. Et tournez-vous avec une volonté droite vers la Vérité suprême. […]Quelle bonne œuvre qu’il vous soit donné d’accomplir, retombez toujours dans l’abîme de l’humilité. […] En toute hardiesse et fierté, vous devez ne rien négliger. […] Sous le couvert des saints désirs, la plupart des âmes aujourd’hui s’égarent et cherchent leur consolation dans les biens inférieurs qu’elles peuvent saisir. […] Chacun peut s’en rendre compte en lui-même : nous savons si peu souffrir et supporter à tous égards ! Un petit ennui soudain qui nous pique, une médisance, un mensonge qu’on nous rapporte, tout ce qui nous dérobe un peu d’honneur, de repos ou de liberté : que cela nous blesse vite et profondément ! […] Nous errons, pauvres et misérables, exilés et privés de tout sur les voies laborieuses d’une terre étrangère, ce qui ne serait point si le mensonge n’occupait nos puissances. […] Observons-nous : soigneux de nous- mêmes en toute occasion, soucieux de notre honneur en toutes circonstances, prompts à manifester notre volonté, conscients de nos besoins, amants de notre personne en tout ce qui lui plaît, avides d’avantages extérieurs et intérieurs. Car tout avantage nous délecte et nous fait croire que nous sommes quelque chose, alors que justement se révèle notre néant. […]

Avant que l’Amour, rompant ses digues, ne ravisse l’homme à lui-même pour en faire un seul esprit, un seul être avec l’Amour, il faut que l’âme serve noblement dans l’exil. »

Notre destinée est de vivre en « société avec l’Amour » comme dit Élisabeth de la Trinité… Ne t’estime pas moindre… n’aie pas de moindre ambition…

« On obtient de Dieu tout autant qu’on en espère » disait saint Jean de la Croix dans une lettre…(Lettre 14)

Phrase qui a séduit et beaucoup inspiré Thérèse de Lisieux…

On peut même obtenir davantage !

Dans la prière d’ouverture de la messe du 27ème dimanche du temps ordinaire, nous disons : « Dans ton amour inépuisable, Dieu éternel et tout-puissant, tu combles ceux qui t’implorent, bien au-delà de leurs mérites et de leurs désirs ; répands sur nous ta miséricorde en délivrant notre conscience de ce qui l’inquiète et en donnant plus que nous n’osons demander »

Dieu nous comble même au-delà de nos désirs ! Au-delà de ce que nous osons demander ! Alors n’ayons pas peur de demander le maximum et nous serons comblés encore au-delà !

Ne t’arrête pas aux miettes qui tombent de la table de ton Père.

Dans l’évangile de la Cananéenne, (Mt 15, 22-28) auquel Jean de la Croix fait ici allusion en parlant des miettes qui tombent de la table, la Cananéenne ne s’estime pas digne du repas des maîtres car elle est étrangère… Elle fait un bel acte de foi en disant qu’elle se contente des miettes, comme les petits chiens… Et Jésus s’émerveille de sa foi et exauce sa demande !

Mais maintenant, après la Résurrection de Jésus et le salut qu’il apporte à toute l’humanité, il n’y a plus personne d’étranger. Tous, nous sommes invités à la table du Père, au festin des noces de l’Agneau…

Alors ne nous contentons pas de miettes de l’Amour !

Qui veut atteindre l’Amour

ne néglige aucune chose

et ne cesse en tout temps de se donner à Lui !

Que dans les souffrances dont il ne voit le terme,

il reste fidèle au choix de son cœur ;

qu’il s’abandonne dans la peine et l’outrage,

la joie et la douleur, aux liens de l’Amour,

car cela seul nous donne de connaître

cette fière vie dans ses profondeurs.

Hadewijch d’Anvers, poème 11

Suggestion de textes pour la méditation :

Mc 6, 30-34 la compassion de Jésus

Rm 8, 14-39 (ou un plus petit passage) : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ?

1 Jn 3 : dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu…

L’Appel de Jésus à Mère Teresa (ci-dessus)

Intercession avec la Séquence de Pentecôte :

A tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient,

donne tes sept dons sacrés

Offrons notre vie et notre prière pour les croyants de toutes les religions.

Et aussi pour ceux qui ne croient pas en Dieu.

 Qu’ils puissent te chercher d’un cœur droit et te trouver.

Esprit-Saint, augmente en nous la foi et rends nous réceptifs à tes dons.

Jour 7 (jeudi 21 mai)

C’est pourquoi je me réjouirai de ce que tu ne tardes pas, si moi j’attends.

Avec quels atermoiements attends-tu, mon âme, puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu en ton cœur ?

Nous reprenons la dernière phrase du passage d’hier pour mieux voir le contraste qu’il y a entre « si moi j’attends » et « avec quels atermoiements attends-tu ? »

Tout cela a l’air un peu paradoxal !

Tu tardes et tu ne tardes pas …

Je dois attendre et ne pas attendre !

Qui attend qui ? Qui tarde finalement ?

Nous avons l’impression que Dieu tarde quand Il semble absent, quand rien ne change, quand nous piétinons dans notre vie spirituelle…

Mais, comme nous l’avons vu hier, en fait, Il ne tarde pas car Il a déjà tout donné en Jésus…

Et Il se donne encore continuellement.

Nous avons vu hier qu’attendre, cela veut dire rester en « ouverture de cœur », en « état de veille », plutôt qu’espérer quelque chose qui devrait arriver au futur…

 Mais cela demande quand même de la patience, de la persévérance, de « durer dans le temps ». Je dois apprendre à attendre Dieu pour que le désir de rencontrer Dieu soit de plus en plus purifié et désintéressé.

« Avec quels atermoiements attends-tu, mon âme »

Si je suis honnête avec moi-même, je peux me rendre compte que c’est bien souvent moi qui tarde !

« Atermoiement » : c’est un mot que nous n’utilisons peut-être pas souvent… Dans le vocabulaire d’aujourd’hui, on dirait plutôt « procrastination » …

 C’est moi qui procrastine et tergiverse…

Quand j’aurai du temps…Quand tel ou tel problème sera résolu, j’aurai alors plus de temps pour prier, pour aller à la messe, pour aller rendre visite à telle personne malade ou isolée …

Quand je serai en meilleure santé ou quand je n’aurai plus autant de soucis, je pourrai alors me détacher de mes petites ou grandes addictions… Etc…Etc…

Quels sont mes atermoiements à moi ?

Nous attendons trop le moment idéal, de meilleures circonstances pour « nous y mettre » !

« puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu en ton cœur ? »

Alors que c’est dès maintenant, aujourd’hui, que je peux « aimer Dieu en mon cœur », dès maintenant que je peux prier, que je peux aimer, que je peux me détacher de certaines mauvaises habitudes…

Aimer Dieu en son cœur…

Saint François de Sales, dans son « Traité de l’amour de Dieu », nous en parle longuement (plus de 1000 pages !) …  

Il distingue différentes sortes et degrés d’amour que l’on peut avoir envers Dieu.

Il y a, en premier lieu, l’amour de « complaisance » et l’amour de « bienveillance ».

Le mot « complaisance » n’est pas à prendre dans son sens actuel, qui a parfois un aspect péjoratif de trop grande indulgence…mais dans le sens de l’époque, « se plaire avec », se plaire l’un dans l’autre… Nous mettons notre joie en Dieu…et Lui en nous !

Et l’amour de bienveillance – « bienveuillance », disait-on à l’époque- c’est vouloir le bien de l’autre…  Quel bien Dieu peut-il recevoir de nous ?  Saint François de Sales parle alors de la louange …

« À mesure que l’âme découvre la bonté de Dieu, elle savoure de plus en plus sa douceur et se complaît en sa beauté. Elle voudrait alors élever toujours plus haut les louanges et les bénédictions qu’elle lui adresse. Et à mesure que l’âme s’échauffe ainsi à louer l’incompréhensible miséricorde de son Dieu, elle dilate la complaisance qu’elle y prend, et elle l’en loue plus fortement encore, de sorte que, comme dans un cercle vertueux, la complaisance et la louange ne cessent de se renforcer mutuellement. »

(voir dans les suggestions de plus larges extraits sur l’amour de complaisance et bienveillance)

La complaisance et la bienveillance sont deux sortes d’amour qui se vivent « dans notre cœur », dans la prière : se réjouir en Dieu et le louer…

Le « cœur », c’est ici bien sûr le cœur profond…pas seulement les émotions. Même si les émotions peuvent évidemment participer à notre joie, à notre louange…

« Avec quels atermoiements attends-tu, mon âme » :

Est-ce que mes « atermoiements » concernent la prière ? Est-ce que je prends suffisamment de temps de cœur à cœur avec Dieu dans l’oraison ? Ou est-ce que j’ai toujours quelque chose de plus urgent, de plus important à faire ?

 A l’occasion de cette Neuvaine, nous pouvons peut-être réfléchir au temps que nous accordons habituellement à la prière.  Ou à la façon dont ce temps est utilisé, si nous en prenons déjà régulièrement…

Les atermoiements peuvent aussi concerner des habitudes, des choses auxquelles nous sommes attachés et dont nous n’arrivons pas à nous défaire…Souvenons-nous du fil à la patte de l’oiseau…(Cf jour 4)

Il y a sans doute des petits pas de conversion que nous remettons sans cesse à plus tard… Essayons de les débusquer aujourd’hui…

Ou encore, des actes de charité, auxquels nous avions pensé mais que nous n’avons pas réalisés, également parce que nous les avons remis à plus tard…

« Aimer Dieu en son cœur » …c’est aussi aimer notre prochain…Car l’amour de Dieu doit toujours déborder en actes extérieurs de charité…

« chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Mt 25,40

Dans les trois « piliers » des Serviteurs de l’Amour, prière, conversion, amour, nous pouvons essayer de trouver aujourd’hui, à la lumière de l’Esprit-Saint, là où nous procrastinons…

Pour nous y aider, nous pouvons également reprendre cette « prière de l’âme amoureuse » depuis le début.

Et voir là où cela nous a « titillés » …

Saint Ignace de Loyola, dans les « Exercices spirituels », propose aux retraitants de faire de temps en temps des « répétitions ».

Après avoir prié et médité sur l’un ou l’autre thème, Saint Ignace propose d’y revenir encore une fois, et de s’arrêter sur « les points où j’ai senti une plus grande consolation ou désolation ou un plus grand sentiment spirituel » (Exercices 62,2)

Dit plus simplement, revoir les points qui m’ont touché, que ce soit positivement ou négativement.

Alors que nous approchons tout doucement de la fin de la Neuvaine, nous pouvons, nous aussi, faire une « répétition », une reprise des jours précédents, pour voir quels points nous ont touchés. Interpelés ? Rebutés ? Ce qui nous a touché, même négativement, peut être un indice d’un appel de l’Esprit-Saint à aller voir de ce côté-là…

Il ne faudrait pas terminer la Neuvaine, fêter la Pentecôte et puis passer à autre chose…sans changement ! C’est pourquoi il est important de s’arrêter, de noter les choses qui nous ont touchées. Si nous n’avons pas le temps d’approfondir maintenant, au moins, nous pourrons y revenir plus tard…

Mais, en faisant cette « répétition » des jours précédents, n’oublions pas que la dynamique de la prière nous porte désormais à l’action de grâce et la louange…

L’âme amoureuse se décentre de plus en plus d’elle-même. Suivons-la dans ce même mouvement…

Lorsqu’elle dit « puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu en ton cœur » c’est en exultant, en rendant grâce du cadeau inouï de pouvoir aimer Dieu dans son cœur !

De recevoir de Lui la capacité de L’aimer !

Nous verrons demain cette louange se déployer encore davantage …

Suggestion de textes pour la méditation :

Ep 5, 1-20 : Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière –

Ap 21, 1-6 : voici que je fais toutes choses nouvelles…

Reprise d’un texte d’un autre jour.

Extraits sur l’amour de complaisance et de bienveillance, saint François de Sales

« Comme nous l’avons déjà dit, l’amour n’est pas autre chose que le mouvement et l’écoulement du cœur vers le bien, mouvement et écoulement qui se font par la complaisance éprouvée à l’égard de ce bien. La complaisance est le grand motif de l’amour, comme l’amour est le grand mouvement de la complaisance.

[385] Ce mouvement se pratique ainsi envers Dieu. La foi nous apprend que Dieu est un abîme incompréhensible de toute perfection : son excellence, sa bonté, sa souveraineté, sont infinies. Ces vérités que la foi nous enseigne, nous en faisons l’objet de notre méditation. Nous contemplons l’immensité de tous les biens qui sont en lui. Nous les considérons tantôt dans l’unité de leur ensemble, tantôt dans leur distinction, l’un après l’autre. Par exemple, sa toute-puissance, sa toute sagesse, sa toute bonté, son éternité, son infinité. Lorsque nous avons pris conscience de l’immensité des biens qui sont en Dieu, il est impossible que notre volonté ne soit pas saisie de complaisance pour ce bien. Lorsque, librement, par l’autorité que nous avons sur nous- mêmes, nous invitons notre cœur à confirmer ce début de complaisance par des actes de reconnaissance et de louange, oh ! dit alors l’âme éprise, que vous êtes beau mon Bien-aimé, que vous êtes beau ! Non seulement vous êtes tout désirable mais vous êtes le désir même ; tel est mon Bien-aimé, et il est l’Ami de mon cœur, ô filles de Jérusalem ! Oh ! que mon Dieu soit à jamais béni pour sa bonté ! Que je meure ou que je vive, je suis trop heureuse de savoir que tous les biens se trouvent en mon Dieu, que sa bonté est tout infinie, et que son infinité est toute bonne.

[386] Ainsi quand nous sommes remplis de reconnaissance pour le bien que nous voyons en Dieu et qu’en lui nous mettons notre joie, nous faisons un acte de ce genre d’amour que l’on appelle de « complaisance ». Nous nous réjouissons du plaisir de Dieu infiniment plus que du nôtre. C’est cet amour qui était la joie des saints quand ils célébraient les perfections de leur Bien-aimé ; c’est cet amour qui leur faisait dire : Dieu est Dieu ! (…) Il est le Dieu de notre cœur par la complaisance que notre cœur met en lui. Par cette complaisance, notre cœur le saisit et le fait sien. Il est notre héritage car nous jouissons de tous les biens qui sont en lui ; et nous en recevons, comme d’un héritage, toutes sortes de joies et de plaisirs. Par cette complaisance, nous nous assimilons les perfections de la Divinité, nous nous les approprions et nous en remplissons notre cœur.

[391] Que mon Bien-aimé vienne en son jardin dit l’Épouse du Cantique (Ct 4, 16), et qu’il y mange le fruit de ses pommes. Or le divin Époux vient en son jardin quand il vient en l’âme éprise. Puisqu’il se plaît à être avec les enfants des hommes, où peut-il mieux loger qu’en cette partie de l’esprit qu’il a créée à son image et à sa ressemblance ? En ce jardin, lui-même plante la complaisance pleine d’amour que nous avons pour sa bonté, et dont nous nous nourrissons. De même sa bonté se plaît et se nourrit de notre complaisance. Et notre complaisance augmente dans la même mesure où Dieu se plaît de ce que nous nous plaisons en lui. De telle sorte que cette réciprocité fait de l’amour partagé une incomparable complaisance. Et notre âme, devenue le jardin de son Époux, reçoit de sa bonté les pommiers délectables et lui en rend les fruits, puisqu’il se plaît dans la complaisance qu’elle a pour lui. C’est ainsi que nous attirons le cœur de Dieu dans le nôtre et qu’il y répand son précieux baume (Ct 5,1) Voilà comment se passe ce que l’Épouse raconte avec tant d’allégresse (Ct 1,4) Le Roi de mon cœur m’a menée dans ses cabinets; nous tressaillerons et nous réjouirons en vous, nous souvenant de vos mamelles plus aimables que le vin; les bons vous aiment. Car je vous le demande, Théotime, que sont les appartements de ce roi d’amour sinon son sein qui abonde en toutes sortes de saveurs et de douceurs. Pour le nourrisson, le sein de sa mère est tout son trésor. Il n’a point d’autres richesses, il lui est plus précieux que l’or ou la topaze, et il l’aime plus que n’importe quoi au monde.

[392] L’âme donc qui contemple en son Bien-aimé cet infini trésor que sont les perfections divines se tient elle-même pour heureuse et riche, puisque, par l’amour de complaisance, elle peut s’approprier tout le bien et le bonheur de ce cher Époux. Le nourrisson trépigne d’aise à la vue des seins de sa mère, et celle-ci, de son côté, les lui présente avec amour et empressement. De même l’âme aimante tressaille d’allégresse à la vue des perfections de son Roi d’amour, surtout quand elle voit que c’est lui qui les lui montre, par amour, comme un trésor, et que, parmi toutes ses perfections, l’amour brille avec le plus d’éclat: N’a-t-elle pas raison, cette âme, de s’écrire: ô mon Roi que vos richesses sont dignes d’être aimées, et que votre amour a de richesses ! Qui en a le plus de joie, vous qui en jouissez, ou moi qui m’en réjouis ? Nous tressaillirons d’allégresse en la souvenance de votre sein et de vos tétins si féconds, moi parce que mon Bien-aimé en jouit, vous parce que votre Bien-aimée s’en réjouit. Ainsi nous en jouissons tous deux puisque votre bonté vous fait jouir de ma réjouissance, et mon amour me fait réjouir de votre jouissance. Ah ! comme les justes et les bons vous aiment ! Comment pourrait-on être bon et ne pas aimer une si grande bonté ? Les princes de la terre cachent leurs biens les plus précieux dans la salle au trésor de leur palais, et leurs armes dans leurs arsenaux. Mais le Prince du ciel, lui, porte son trésor dans son sein, et ses armes dans sa poitrine. Et comme son trésor, c’est sa bonté, et ses armes, ses amours, son sein et sa poitrine ressemblent à ceux d’une douce mère qui a deux seins comme deux salles au trésor, riches de bon lait, armés d’autant d’attraits qu’il faudra pour y attirer le nourrisson à chaque tétée qu’il voudra prendre.

[393] La nature a placé les seins près du cœur pour que la chaleur de celui-ci contribue à l’élaboration du lait. La mère nourrit l’enfant, mais son cœur en est aussi le nourricier, en ce sens que le lait est une nourriture pleine d’amour, meilleure cent fois que le vin. (…)

[423] Quelles que soient les bénédictions que nous lui adressons, Dieu, dont la bonté est au-dessus de toute louange et de tout honneur, n’en reçoit aucun avantage, n’en est enrichi d’aucun bien. Il n’en est ni plus riche, ni plus grand, ni plus content, ni plus heureux, car son bonheur, son contentement, sa grandeur et ses richesses ne sont et ne peuvent être que son infinie bonté. Et pourtant, comme nous pensons que l’honneur est la plus grande marque d’estime que notre bienveillance puisse témoigner à quelqu’un ; qu’il n’y a nul défaut en ceux que nous honorons, et que, bien au contraire, ils excellent en tout, – notre bienveillance à l’égard de Dieu nous convainc d’agir de même avec lui. Et Dieu, non seulement y consent, mais le demande comme conforme à notre condition humaine. Il sait que, par là, nous lui témoignons l’amour respectueux que nous lui devons. Davantage : il nous a ordonné lui-même de lui rendre tout honneur et gloire. [424] Ainsi l’âme qui se complaît dans l’infinie perfection de Dieu, voyant qu’elle ne peut lui souhaiter aucune croissance dans le Bien, parce qu’il en a infiniment plus qu’elle ne pourra jamais le désirer ni même le penser, désire au moins que son Nom soit toujours plus béni, plus exalté, plus loué, plus honoré, plus adoré. Et, commençant par son propre cœur, elle ne cesse de le presser à cela, telle une sainte abeille qui irait, voletant çà et là sur les merveilles de Dieu, y butinant une variété de motifs pour se complaire en ceux-ci, les recueillant pour en faire un miel céleste composé de bénédictions, de louanges, d’éloges et d’honneur. Autant qu’elle le peut, elle glorifie le Nom de son Bien-aimé, à l’imitation du psalmiste qui, ayant considéré en esprit les merveilles de la divine Bonté, offre sur l’autel de son cœur, comme une hostie mystique, son action de grâce, par des psaumes d’admiration et des cantiques de bénédiction : [425] Théotime, le désir de louer qui vient de notre amour de bienveillance envers Dieu est insatiable. L’âme qui en est touchée voudrait avoir à sa disposition des louanges infinies, à la mesure des perfections infinies de son Bien-aimé. Aussi, sachant qu’elle ne peut pas satisfaire son souhait, elle fait tous les efforts possibles d’affection et de bienveillance pour louer cette bonté ; et ces efforts de bienveillance ne cessent de grandir par la complaisance qu’elle y trouve. À mesure que l’âme découvre la bonté de Dieu, elle savoure de plus en plus sa douceur et se complaît en sa beauté. Elle voudrait alors élever toujours plus haut les louanges et les bénédictions qu’elle lui adresse. Et à mesure que l’âme s’échauffe ainsi à louer l’incompréhensible miséricorde de son Dieu, elle dilate la complaisance qu’elle y prend, et elle l’en loue plus fortement encore, de sorte que, comme dans un cercle vertueux, la complaisance et la louange ne cessent de se renforcer mutuellement.

Saint François de Sales, Traité de l’amour de Dieu, Livre V, chapitres 1 et 8

Intercession avec la Séquence de Pentecôte :

Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid,

rends droit  ce qui est faussé

Offrons notre vie et notre prière pour les personnes dont le jugement est faussé et raidi par les idéologies ambiantes … Viens Esprit de Vérité…

Réchauffe notre cœur pour que notre dialogue avec ces personnes soit empreint de douceur, bonté, bienveillance, patience…

Jour 6 (mercredi 20 mai)

Tu ne m’enlèveras pas, mon Dieu, ce qu’une fois tu m’as donné en ton Fils unique Jésus-Christ. En lui tu m’as donné tout ce que je désire.

C’est pourquoi je me réjouirai de ce que tu ne tardes pas, si moi j’attends.

Hier, c’était le cinquième jour de la Neuvaine, le jour du milieu… Un jour charnière…

Pourquoi ? Dans la prière de l’âme amoureuse que nous méditons, c’était aussi plus ou moins le milieu.

Et en ce milieu de la prière, on perçoit comme un basculement, un changement de ton…

Au début de la prière, saint Jean de la Croix -et avec lui, toute âme qui aime Dieu- est très fort dans le désir. L’âme désire l’union avec Dieu, son Bien-Aimé, et se demande ce qui empêche encore cette union. Les péchés ? Le manque d’œuvres ? Elle avoue son impuissance et demande à Dieu de remédier à cela, d’exercer sa Miséricorde et de réaliser Lui-même les œuvres. Mais elle se demande alors ce qu’elle doit apporter de son côté. Quelle est son obole ?

On dirait qu’il y a comme une tension croissante dans sa prière : mais que faire donc pour obtenir cette union au Bien-Aimé, que je désire tant ?

Et puis, dans le passage d’hier, la tension retombe subitement, quand elle réalise plus pleinement que Dieu seul peut l’élever jusqu’à Lui…

Il y a un basculement d’elle à Lui :  de son désir à elle vers ce que Dieu fait, vers ce que Dieu donne, ce que Dieu a déjà donné…

Le « décentrement » prend une nouvelle dimension…

A partir du passage de ce jour-ci, ce qui sera dorénavant au premier plan, ce sera l’action de grâce, la louange, la joie… Et si elle se parle encore à elle-même pour continuer à chercher la bonne attitude à avoir, ce sera davantage dans la joie et l’action de grâce pour l’inconcevable don de Dieu !

« Tu ne m’enlèveras pas, mon Dieu, ce qu’une fois tu m’as donné en ton Fils unique Jésus-Christ ».

Ce don est inamovible, Dieu Lui-même ne peut se reprendre…

« En lui tu m’as donné tout ce que je désire« 

Le don le plus inouï de Dieu à l’humanité : son propre Fils qui est venu partager notre condition humaine pour nous emmener avec Lui jusqu’au cœur de la Trinité. 

L’Ascension, que nous avons célébrée il y a quelques jours, ce n’est pas juste Jésus qui part au Ciel tout seul, c’est l’humanité qui entre en Dieu, qui fait partie de Dieu…puisque Jésus nous emmène avec Lui en Dieu…

Est-ce que nous réalisons bien ce que cela implique ?

Nous sommes actuellement entre deux fêtes incroyables, l’Ascension et la Pentecôte, qui sont la touche finale de l’Incarnation…

Le don de Dieu le plus inouï qu’on puisse imaginer… Dieu qui se met à notre hauteur pour nous élever à la sienne…

En cela, nous avons tout ce que nous pouvons désirer !

Le problème, c’est que le plus souvent, dans nos journées ordinaires, nous ne nous en rendons pas assez compte !

Prenons le temps aujourd’hui de méditer sur l’Incarnation, le don que le Père nous a fait de Jésus, son Fils,  en qui nous avons reçu tout ce qu’il nous faut.

Nous pouvons par exemple passer en revue les différents moments de sa vie, un peu comme les mystères du chapelet… sa naissance…sa vie cachée…son baptême, ses prédications, ses actions pendant sa vie publique, et puis bien sûr sa Passion, sa mort sur la Croix, sa Résurrection, sans oublier l’Ascension et la Pentecôte. Arrêtons-nous où nous avons du « goût », comme dirait saint Ignace…

Mais peut-être quand même un arrêt spécial sur la Dernière Cène, le Jardin des Oliviers, la Passion…

Le don ultime… Dans l’évangile de saint Jean, l’Esprit-Saint est donné dès la Croix…lors de l’effusion de sang et d’eau qui sort de son côté… de son Cœur, comme l’ont compris nombreux saints et mystiques…

Le don d’amour que Jésus nous a fait alors, de la Dernière Cène jusqu’ à sa mort, Jésus le prolonge encore aujourd’hui tout spécialement dans l’Eucharistie.

Cette Neuvaine est aussi une occasion de raviver, renouveler notre désir de l’Eucharistie, de recevoir en communion Celui en qui nous avons tout !

Innombrables sont les saints et saintes pour qui l’Eucharistie a été le tout de leur vie ! On pourrait citer des dizaines de textes plus beaux les uns que les autres pour nous enflammer d’amour de l’Eucharistie…

En voici deux…

 « Je me prépare aujourd’hui à l’arrivée du Roi. Qui suis-je et qui êtes-Vous, ô Seigneur, Roi de gloire – de gloire immortelle ? Ô mon Coeur, te rends-tu compte de Celui qui vient aujourd’hui chez toi ? Oui je le sais, mais c’est étonnant, c’est inconcevable pour moi. Oh ! si c’était seulement un roi ! Mais c’est le Roi des rois, et le Seigneur des Seigneurs ! Devant Lui tremblent toutes puissances et autorités. Il vient aujourd’hui dans mon cœur. Maintenant j’entends qu’ll s’approche. Je vais à sa rencontre et je L’invite. Quand Il entra dans la demeure de mon cœur, un si grand respect s’empara de mon âme que celle-ci s’évanouit d’effroi et tomba à ses pieds. Jésus lui tendit la main et permit gracieusement qu’elle prenne place auprès de Lui. Il la rassura : « Vois donc, j’ai quitté mon Trône céleste pour m’unir à toi. Ce que tu vois c’est à peine un coin de voile soulevé et déjà ton âme défaille d’amour. Mais quel étonnement pour ton cœur quand tu me verras dans toute ma gloire. Et je veux te dire que cette vie éternelle doit commencer ici, sur cette terre, par la sainte communion. Chaque communion te rendra capable de communion avec Dieu pour toute l’éternité. » sainte Faustine, Petit Journal n° 1809-1810

« Ô mon Dieu ! si l’homme regarde la bouchée de pain qu’il va manger, comment fait-il pour ne pas considérer, dans le plus profond recueillement de son âme et de son corps, cet Éternel, cet Infini qui va devenir pour lui, suivant ses dispositions intimes, ou la mort ou la vie ? Oh ! Approchez donc d’un tel Bien et d’une telle table avec un grand tremblement resplendissant d’amour ! Allez dans votre blancheur, allez dans votre blancheur, allez au Dieu de toute beauté, au Dieu de gloire qui est la sainteté par excellence, le bonheur, la béatitude et l’altitude, la noblesse, l’éternelle joie de l’amour sans mensonge. Allez donner et recevoir l’hospitalité trois fois sainte. Allez, dans la blancheur de votre pureté pour y être purifié. Allez dans la force de votre vie pour y être vivifié. Portez à l’autel l’intimité de l’union divine pour recevoir l’unité plus intime, pour être incorporés à Celui qui vous attend. Ô Dieu incréé et doucement incarné, l’homme a mangé Votre Chair, il a bu Votre Sang : qu’il ne fasse plus qu’un avec vous dans les siècles des siècles. Amen ! » Sainte Angèle de Foligno, Visions et instructions

« Tout ce que je désire » :

Ce fait est certain : en Jésus nous avons tout… Nous le verrons encore dans deux jours…L’univers entier nous est donné en Jésus…

Nous qui désirons souvent un tas de choses, plus ou moins utiles, plus ou moins futiles…nous sommes appelés maintenant à bien placer notre désir, à le recentrer sur Jésus…

Qui a Jésus a tout… et nul ne peut nous l’enlever…

« J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur » Rm 8, 38-39

Même si nous ne le voyons pas, ne le ressentons pas, qu’il nous semble parfois terriblement absent…

Il est si proche…malgré tout ce que nous pouvons ressentir…nous explique John Henry Newman.

« Nous savons que dans ce monde plus un objet est proche de nous, moins nous pouvons le percevoir et le comprendre. Le Christ est venu si près de nous dans l’Église chrétienne, si je puis dire, que nous ne pouvons pas le fixer du regard ou le distinguer. Il entre en nous, et prend possession de l’héritage qu’il s’est acquis. Il ne se présente pas à nous, mais il nous prend avec lui. Il fait de nous ses membres… Nous ne le voyons pas ; nous ne connaissons sa présence que par la foi, parce qu’il est au-dessus de nous et en nous. Ainsi, nous sommes dans la peine, parce qu’inconscients de sa présence…, et nous nous réjouissons parce que nous savons que nous le possédons : « Sans le voir, vous l’aimez ; sans le voir encore vous croyez en lui ; et vous tressaillez d’une joie inexprimable qui vous transfigure, car vous allez obtenir votre salut, l’aboutissement de votre foi » (1P 1,8-9). » John Henry Newman, « The Spiritual Presence of Christ in the Church »

« C’est pourquoi je me réjouirai de ce que tu ne tardes pas, si moi j’attends« 

Et donc, je peux me réjouir que tu ne tardes pas, en fait, puisque tu as déjà tout donné, quelle que soit mon impression subjective.…

Alors je dois T’attendre… mais comment ? Ce n’est pas attendre comme on attend le bus, attendre qu’Il arrive un jour, plus tard, dans l’avenir…C’est une attente de veilleur qui nous est demandée … mais au présent !

« Veillez ! » … « Veillez et priez », nous est-il demandé à plusieurs reprises dans les évangiles… « Priez sans cesse », nous dit saint Paul…

A chaque instant, s’ouvrir à son éternelle venue …

On peut relire aussi aujourd’hui la parabole des 10 jeunes filles qui attendent l’Epoux…Mt 25, 1-13 “Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.”

En fait, l’Epoux est, quelque part, déjà présent dans leur attente-même ! Il est dans l’huile que les « prévoyantes » ont amoureusement emportée avec elles…

Il se donne à nous lorsque nous l’attendons, le désirons, le cherchons. Il se donne dans notre recherche même !  « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira… » Mt 7, 7

 Dans la recherche elle-même, Il est déjà là !

Pourquoi ? Parce que Jésus désire notre désir ! Il n’attend que cela !

C’est cela qui est le plus extraordinaire dans le don de Jésus : c’est que non seulement Il se donne à nous mais qu’en plus, Il mendie notre soif, notre désir de Lui ! Il a soif de nous, et surtout de notre soif de Lui !

Lui qui est tout, qui a tout, il se fait mendiant de notre amour, et désire notre désir.

Dans les suggestions de textes : le beau « testament spirituel » de Mère Teresa à sa communauté-mais qui est valable pour nous aussi- pourra nous aider à aller plus loin dans l’intimité avec Jésus.

Suggestion de textes pour la méditation :

Jn 19, 28-35 la Croix : j’ai soif ; le sang et l’eau

Mt 25, 1-13 les 10 jeunes filles

Mt 26, 26-46 ou Lc 22, 15-46 : Dernière Cène et jardin des Oliviers (veillez…)

Testament spirituel de Mère Teresa (voir ci-dessous)

Intercession avec la Séquence de Pentecôte :

Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé

Offrons notre vie et notre prière pour les blessés, les malades, ceux qui souffrent

dans leur corps ou dans leur cœur.

Prions aussi pour nous tous, pécheurs, qui sommes souillés et blessés par le péché,

 pour que  grandisse en nous le désir de conversion.

Testament spirituel de Mère Teresa

Mes enfants très chers, Sœurs, Frères et Pères, cette lettre étant très personnelle, j’ai voulu l’écrire de ma propre main, mais il y a tant de choses à dire… Mais même si elle n’est pas de ma main, elle sort de mon cœur !

Jésus veut que je vous dise encore- surtout en cette Semaine Sainte- combien il a d’amour pour chacun d’entre vous, au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer. Je m’inquiète de ce que certains d’entre vous n’aient pas encore vraiment rencontré Jésus – seul à seul : vous et Jésus seulement. Nous pouvons certes passer du temps à la chapelle, mais avez-vous perçu avec les yeux de l’âme -avec quel amour il vous regarde ? Avez-vous vraiment fait connaissance avec Jésus vivant, non pas à partir de livres mais pour l’avoir hébergé dans votre cœur ? Avez-vous entendu ses mots d’amour ? Demandez la grâce : il a l’ardent désir de vous la donner. Tant que vous n’écouterez pas Jésus dans le silence de votre cœur, vous ne pourrez pas l’entendre dire «J’ai soif» dans le cœur des pauvres.

N’abandonnez jamais ce contact intime et quotidien avec Jésus comme personne réelle, vivante, et non pas comme pure idée. Comment pourrions-nous passer un seul jour sans écouter Jésus dire «Je t’aime»… C’est impossible ! Notre âme en a besoin autant que notre corps a besoin de respirer. Sinon, la prière meurt et la méditation dégénère en simple réflexion, Jésus veut que chacun de nous l’écoute, lui qui vous parle dans le silence du cœur. Soyez attentifs à tout ce qui pourrait empêcher ce contact personnel avec Jésus vivant. Le diable essaiera de se servir des blessures de la vie, voire, de vos propres fautes pour vous persuader qu’il n’est pas possible que Jésus vous aime réellement. Attention: ceci est un danger pour nous tous. Mais le plus triste est que cela est complètement contraire à ce que Jésus voudrait et attend de vous dire. Pas seulement qu’il vous aime, mais davantage : qu’il vous désire ardemment. Vous lui manquez quand vous ne vous approchez pas de lui. Il a soif de vous. Il vous aime en permanence, même quand vous ne vous en sentez pas dignes. Lorsque vous n’êtes pas acceptés par les autres – ou même parfois par vous-mêmes – il est celui qui, toujours, vous accepte.

Mes enfants, vous n’avez pas à être différents (de ce que vous êtes dans la réalité) pour que Jésus vous aime. Croyez simplement que vous lui êtes précieux. Apportez vos souffrances à ses pieds et ouvrez seulement votre cœur pour qu’il vous aime tels que vous êtes. Et lui fera le reste. Chacun de vous sait, en sa conscience, que Jésus l’aime, mais, avec cette lettre, je voudrais plutôt m’adresser à votre cœur. Jésus désire remuer nos cœurs pour ne pas perdre notre premier amour, spécialement à l’avenir, quand je vous aurai quittés. C’est pourquoi, je vous demande de lire cette lettre devant le Saint-Sacrement, là même où elle est écrite, afin que Jésus lui-même puisse parler à chacun de vous. Pourquoi vous dis-je cela? La lettre du Saint-Père sur «J’ai soif» m’a tellement frappée que j’aurais du mal à vous dire ce que j’ai ressenti. Cette lettre m’a permis de découvrir encore davantage la beauté de notre vocation. Combien est grand l’amour de Dieu envers nous pour qu’Il ait choisi notre Société (Congrégation) afin d’étancher cette Soif de Jésus – soif d’amour, soif d’âmes – en nous donnant une place spéciale dans son Église. Et en même temps, nous rappelons au monde cette Soif, en passe d’être oubliée. J’ai écrit au Saint-Père pour le remercier. Cette lettre du Saint-Père est un signe dans cette « grande soif» que Jésus éprouve pour chaque être humain. C’est aussi un signe pour moi, signe que le temps est venu de parler ouvertement du don fait par Dieu le 10 septembre : d’expliquer -autant que je le puis- ce que signifie pour moi la Soif de Jésus.

Pour moi, la Soif de Jésus est une chose si intime, que, jusqu’à présent, la timidité m’a empêché de vous parler de (ce qui arriva à ce sujet un) 10 septembre. Je pensais imiter ainsi Notre-Dame qui «gardait toutes ces choses dans son cœur ». C’est pourquoi je n’ai pas tellement parlé du «J’ai soif», en particulier en public. Pourtant mes lettres et instructions le désignent toujours, montrant les moyens d’étancher cette Soif par la prière, l’intimité avec Jésus et le respect de nos vœux, surtout le quatrième. Pour moi, il est très clair que tout chez les Missionnaires de la Charité (M.C.) vise uniquement à étancher la Soif de Jésus. Ses paroles, écrites sur le mur de toute chapelle M.C., ne sont pas passées, mais vivantes, ici et maintenant, dites pour vous. Le croyez-vous? Si oui, vous entendrez et vous sentirez sa présence. Laissez-le devenir aussi intime en vous qu’il l’est en moi; ce sera la plus grande joie que vous puissiez m’offrir. J’essaierai de vous aider à comprendre, mais c’est Jésus lui-même qui est seul à pouvoir vous dire «J’ai soif! Ecoutez votre propre nom. Et pas seulement une fois. Chaque jour. Si vous écoutez avec votre cœur, vous entendrez, vous comprendrez. Pourquoi Jésus dit-il «J’ai soif»>? Quel en est le sens? Il est très difficile à expliquer avec des mots… Pourtant, si vous deviez retenir une seule chose de cette lettre, que ce soit ceci: «J’ai soif» est une parole beaucoup plus profonde que si Jésus avait simplement dit «Je vous aime». Tant que vous ne saurez pas, et de façon très intime, que Jésus a soif de vous, il vous sera impossible de savoir celui qu’il veut être pour vous; ni celui qu’il veut que vous soyez pour lui. Le cœur et l’âme des M.C. consistent exclusivement en ceci : la Soif du Cœur de Jésus, caché dans les pauvres. Voilà la seule source de tout ce qui fait la vie des M.C. Cela vous donne, et notre but et notre quatrième vœu, et l’esprit de notre Congrégation. Etancher (la Soif de) Jésus vivant parmi nous est la seule raison d’être de cette Congrégation et son unique objectif. Dites, pouvons-nous en dire autant de nous-mêmes, à savoir que cela est notre seule raison de vivre? (Pour le savoir) posez-vous donc la question suivante : à supposer que la Soif de Jésus ne soit plus notre but et ne soit plus inscrite au mur de notre chapelle, est-ce que cela entraînerait une quelconque différence dans ma vocation et dans ma relation avec Jésus et dans mon travail ? Cela changerait-il quelque chose à ma vie ? En ressentirais-je une quelconque perte ? Posez-vous ces questions honnêtement et que, pour chacun, ceci soit un test pour découvrir si la Soif de Jésus est une réalité vivante (dans sa vie) et pas simplement une belle idée… « J’ai soif» (Jn 19,28) et «C’est à moi que vous l’avez fait» (Mt 25,30): rappelez-vous toujours qu’il faut lier ces deux (paroles), c’est-à-dire le moyen avec le but. Que nul ne sépare ce que Dieu a uni.

Ne sous-estimez pas nos moyens si concrets – le travail pour les pauvres, aussi petit ou humble qu’il soit – qui font de notre vie une chose si belle aux yeux du Seigneur. Ce sont les dons les plus précieux de Dieu à notre Congrégation, à cause de cette présence cachée mais si proche de Jésus, si capable de nous toucher.

Dans notre travail pour les pauvres, notre but disparaîtrait, et la Soif de Jésus se réduirait à des mots vides de sens et de réponse. Mais en unissant les deux, notre vocation de M.C. restera vivante et réelle, telle que Notre-Dame l’a demandé.

 Soyez aussi avisés dans le choix des prédicateurs de retraite. Tous en effet ne comprennent pas bien notre esprit. D’ailleurs, même s’ils étaient savants et saints, cela n’impliquerait pas pour autant qu’ils perçoivent forcément bien notre vocation. Par ailleurs, s’ils venaient à vous dire quelque chose de différent de ce que j’écris dans cette lettre, je vous supplie de ne pas les écouter, ni les laisser vous plonger dans la confusion. La Soif de Jésus est le foyer, le point de convergence, le but de tout ce que sont et font les Missionnaires de la Charité. L’Église l’a confirmé plusieurs fois : «notre charisme est d’étancher la Soif de Jésus, Soif d’amour pour les âmes, en travaillant au salut et à la sanctification des plus pauvres parmi les pauvres». Cela, et rien que cela. Rien d’autre. Faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger ce don de Dieu à notre Congrégation.

Chers enfants, faites-moi confiance et soyez très attentifs à ce que je vous dis maintenant : seule la Soif de Jésus, accompagnée de notre écoute et notre recherche et de notre réponse très cordiale, seule cette Soif gardera notre Congrégation vivante après que je vous aurai quittés. Si elle constitue le fond de votre vie alors tout ira bien pour vous.  Un jour je vous aurai quittés, mais la Soif de Jésus ne vous quittera jamais. Jésus assoiffé dans les pauvres, vous l’aurez toujours avec vous. C’est pourquoi je veux que les Sœurs actives et les Frères actifs, les Sœurs contemplatives avec les Frères et les Pères s’aident mutuellement à rassasier Jésus (à étancher sa Soif) au moyen de leurs dons respectifs : en se soutenant, en se complétant les uns les autres, de sorte que vous formiez une famille (unie) autour de ce (seul) but et de cet objectif (unique).

Veillez à ne tenir ni les Coopérateurs, ni les laïcs M.C., à l’écart de cette demande, car cette vocation est aussi la leur. Aidez-les plutôt à la connaître. Parce que le premier devoir du prêtre est le ministère de la prédication, j’ai demandé, il y a quelques années, à nos Pères de commencer à prêcher sur ce thème: J’ai soif!» pour entrer plus avant dans le don que Dieu nous a fait le 10 septembre. Et comme je sens bien que Jésus désire beaucoup cela d’eux, dans les temps à venir, priez donc Notre-Dame de les garder attentifs à cet aspect important de leur quatrième vœu. Notre-Dame nous aidera tous à demeurer fidèles puisqu’elle fut – avec Saint Jean, et, j’en suis sûr, Marie- Madeleine la première personne à entendre ce cri de Jésus : «J’ai soif!».

 Etant au Calvaire, elle connaît l’intensité et la profondeur de cet ardent désir de Jésus pour vous et pour les pauvres. Mais nous autres, le connaissons-nous… ? Le sentons-nous comme elle ? Demandez-lui de vous l’apprendre, car vous et toute la Congrégation êtes à Elle. Sa mission est de vous amener à regarder en face l’amour du Cœur de Jésus crucifié comme cela arriva à Jean et Madeleine.

 Auparavant, Notre-Dame me le demandait mais maintenant c’est moi qui, en son nom, vous le demande, vous en supplie : «écoutez la Soif de Jésus». Que cela soit pour chacun ce que le Saint-Père dit dans sa lettre : une Parole de Vie. Comment vous approcher de la Soif de Jésus ? Un seul secret : plus vous viendrez à Jésus, mieux vous connaîtrez sa soif. « Repentez-vous et croyez (en l’Evangile)», nous dit Jésus. De quoi faut-il nous repentir ? De notre indifférence, de notre dureté de cœur. Et que faut-il croire ? Que Jésus a soif, dès maintenant, de votre cœur et des pauvres. Lui qui connaît votre faiblesse, désire néanmoins seulement votre amour : il veut simplement que vous lui laissiez une chance de vous aimer. Il est le Maître du temps. Chaque fois que nous nous approchons de lui, il nous associe à Notre-Dame, à Saint Jean, à Marie-Madeleine.

Ecoutez-le. Ecoutez-le prononcer votre propre nom.

Et ainsi faites que ma joie, et la vôtre, soient complètes.

Prions. Et que Dieu vous bénisse.

Mère Teresa

Jour 5 (mardi 19 mai)

Qui pourra se libérer de ses basses manières et de ses pauvres limites, si toi-même tu ne l’élèves à toi en pureté d’amour, mon Dieu ? Comment s’élèvera jusqu’à toi l’homme engendré et grandi dans la bassesse, si toi-même ne l’élèves, Seigneur, avec ta main qui l’a fait ?

Qui pourra se libérer de ses limites ? Nous aimerions bien !  Il suffit de regarder autour de nous les innombrables propositions de « mieux-être » en tout genre. Les façons de développer le bien-être physique sont légion. Et il y en a autant pour le bien-être psychologique, le développement personnel…

Dans le monde qui nous entoure, une tentation est omniprésente : celle de vouloir évacuer nos limites, notre fragilité, nos faiblesses. Oublier notre condition de créature… S’en sortir tous seuls… La tentation originelle d’être « comme des dieux » (cf Gn 3,5) est peut-être plus explicite encore de nos jours où la science fait miroiter des corps « augmentés », quasiment immortels…

Et pourtant, le chemin qui nous est proposé n’est pas du tout celui d’un développement à l’infini de potentialités humaines…

Thérèse d’Avila, dans le Château Intérieur, utilise l’image du ver à soie. Le ver à soie doit mourir pour devenir un beau petit papillon blanc…

Nous ne sommes pas appelés grandir pour devenir de gigantesques vers à soie mais appelés à une véritable métamorphose pour devenir papillons…Et mourir à nous-mêmes au passage… De même qu’il n’y a rien de commun (visuellement) entre le ver et le papillon, il y a une différence inouïe entre la bassesse de notre condition d’origine et celle à laquelle nous sommes appelés.

« Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour.

Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé. » Ep 1, 4-6

 Notre destinée : être saints, immaculés, être fils du Père comme Jésus ! Avoir notre place au sein de la Trinité !

La distance à combler entre ce que nous sommes et ce à quoi nous sommes appelés est vertigineuse, on ne s’en rend pas toujours bien compte !

Il n’est donc pas étonnant que nous n’en soyons pas capables par nous-mêmes mais que Dieu seul puisse nous élever à Lui… Comme on le disait le premier jour, en prenant l’image du couple amoureux, Dieu demande une réciprocité d’Amour avec nous, un amour d’égal à égal, ce qui est complètement fou quand on y pense !

C’est pour cela que Ruysbroeck trouvait cela « horrible » comme exigence ! (voir citation au jour 1) Tellement c’est disproportionné !

« Comment s’élèvera jusqu’à toi l’homme engendré et grandi dans la bassesse, si toi-même ne l’élèves, Seigneur, avec ta main qui l’a fait ? »

Ta main qui élève…cela fait bien sûr penser à l’ascenseur de la petite Thérèse …

(…) L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus (…) (texte complet dans les suggestions ci-dessous)

La condition mentionnée par Thérèse pour être prise dans l’ascenseur : rester petite et même le devenir de plus en plus ! Elle l’explique encore mieux dans une lettre à sa sœur Marie :

(…) « comprenez que pour aimer Jésus, pour être sa victime d’amour, plus on est faible, sans désirs, ni vertus, plus on est propre aux opérations de cet Amour consumant et transformant … Le seul désir d’être victime suffit, mais il faut consentir à rester pauvre et sans force et voilà le difficile car « Le véritable pauvre d’esprit, où le trouver ? il faut le chercher bien loin » a dit le psalmiste … Il ne dit pas qu’il faut le chercher parmi les grandes âmes, mais « bien loin », c’est-à-dire dans la bassesse, dans le néant… Ah ! restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir, alors nous serons pauvres d’esprit et Jésus viendra nous [v°] chercher, si loin que nous soyons il nous transformera en flammes d’amour… » LT197 (citée en entier ci-dessous)

 Et à sa sœur Céline, elle dit ceci :

… Il est heureux que tu sentes ta faiblesse ; c’est Lui qui imprime dans ton âme des sentiments de défiance d’elle-même. Céline chérie, remercie Jésus. Il te comble de ses grâces de choix, si toujours tu restes fidèle à Lui faire plaisir dans les petites choses, Lui se trouvera OBLIGÉ de t’aider dans les GRANDES… Les apôtres, sans Notre Seigneur travaillèrent toute la nuit et ne prirent pas de poisson mais leur travail était agréable à Jésus, II voulait leur prouver que Lui seul peut nous donner quelque chose, Il voulait que les apôtres s’humilient… « Enfants, leur dit-il, n’avez-vous rien à manger ? – Seigneur, répondit St Pierre, nous avons pêché toute la nuit sans rien prendre ». Peut-être que s’il eut pris quelques petits poissons Jésus n’aurait pas fait de miracle, mais il n’avait rien, aussi Jésus remplit bientôt son filet de manière à le faire presque rompre. Voilà bien le caractère de Jésus. Il donne en Dieu mais il veut l’humilité du cœur… LT 161

On pourrait encore citer d’innombrables passages de sainte Thérèse ! Elle a si bien compris que la petitesse, la faiblesse, les « basses manières et pauvres limites » sont des avantages pour être prise dans l’ascenseur de Jésus et emmenée jusqu’au sein de la Trinité !

 Aujourd’hui, c’est l’occasion de considérer nos limites et surtout de trouver celles qui ne nous plaisent pas…Quel défaut, quel « handicap », au sens large, aimerions-nous voir disparaître ?

Il y a bien sûr tout ce qui peut être soigné par la médecine, la psychologie, le travail sur soi : il faut le faire…

Mais ce qu’on ne peut changer… je peux l’accepter comme une grâce !

M’en réjouir !

 C’est donc l’occasion aujourd’hui de rendre grâce pour qui je suis, la merveille que je suis, tel que je suis, avec mes limites, mes défauts…

« Je te rends grâce pour tant de prodiges, merveille que je suis, merveille que tes œuvres » 

Ps 138(139) 

  Nous sommes parfois si durs avec nous-mêmes, nous n’acceptons pas nos failles, nos erreurs, nos limites. Saint François de Sales nous apprend à être bienveillants, doux envers nous-mêmes…

 « L’une des bonnes pratiques que nous saurions faire de la douceur, c’est celle de laquelle le sujet est en nous-mêmes, ne nous dépitant jamais contre nous-mêmes ni contre nos imperfections ; car encore que la raison veuille que quand nous faisons des fautes, nous en éprouvions du déplaisir et en soyons marris, il faut néanmoins que nous nous empêchions d’en avoir une déplaisance aigre et chagrine, dépitueuse et colérique. En cela, beaucoup font une grande faute, lesquels, s’étant mis en colère, se courroucent de s’être courroucés, entrent en chagrin de s’être chagrinés, et ont du dépit de s’être dépités ; car par ce moyen, ils tiennent leur cœur confit et détrempé en la colère, et même s’il semble que la seconde colère ruine la première, elle sert néanmoins d’ouverture et de passage pour une nouvelle colère à la première occasion qui s’en présentera ; outre que ces colères, dépits et aigreurs que l’on a contre soi-même tendent à l’orgueil et n’ont origine que de l’amour-propre, qui se trouble et s’inquiète de nous voir imparfaits. »

« Nos petites colères, nos petits chagrins, les petits frémissements du cœur sont des restes de nos maladies, que le souverain Médecin nous laisse pour nous mettre en garde contre la rechute, et pour que nous demeurions dans une sincère humilité. Nous irons, néanmoins, en nous rétablissant, jour après jour, et ces petites altérations s’atténueront, avec l’aide de Dieu ». (lettre à une religieuse)

  Ce n’est donc pas pour se complaire dans nos erreurs, nos péchés, nos médiocrités qu’il faut se réjouir de nos limites mais pour grandir en humilité et en confiance…  « Rends moi humble et confiant(e) » demandons-nous dans la prière des Serviteurs de l’Amour… N’ayons pas peur d’insister sur cette demande, « harcelons » même l’Esprit -Saint pour l’obtenir ! Car tout le reste découle de l’humilité et de la confiance !

  Nous avons parfois tendance à l’oublier…Les autres aussi ont des limites !

Nos ressentiments, impatiences, énervements envers ceux qui nous entourent découlent bien souvent de ce que nous aimerions qu’ils n’aient pas tel ou tel défaut qui nous irrite tant …(et que par ailleurs, nous avons peut-être nous aussi…ou alors d’autres…)

Tous nous avons « grandi dans la bassesse ». Tous nous avons eu des parents qui avaient eux-mêmes leurs limites…  Parfois nous avons des difficultés à pardonner pour des blessures reçues de nos parents, ou d’autres personnes…nous aurions aimé des parents parfaits… C’est un sujet délicat mais le fait de considérer avec bienveillance et compassion les limites d’autrui, peut nous aider à pardonner…  

 Et si nous apprenions aussi, à l’occasion de cette Neuvaine, à être plus compatissants, plus indulgents, plus doux envers les autres et leurs limites ?

Saint François de Sales ne nous donne pas uniquement le conseil d’être doux envers nous-même mais bien sûr aussi envers notre prochain !

 « Travaillez pour acquérir la douceur de cœur envers le prochain en le considérant comme une œuvre de Dieu […] Ceux que Notre Seigneur lui-même supporte, nous devons nous aussi les supporter avec tendresse et grande compassion en raison de leurs infirmités spirituelles. Combattez fidèlement vos impatiences en exerçant, à tout instant, la sainte débonnaireté et douceur à l’endroit de ceux qui vous paraissent les plus ennuyeux, et Dieu bénira votre résolution »

 Et d’ailleurs, Saint Jean de la Croix lui-même relie la douceur à « l’âme énamourée » car c’est à peine un numéro plus loin dans les « maximes », d’où est extraite cette prière, que l’on trouve ceci :

28. « L’âme énamourée est une âme tendre, douce, humble et patiente. »

29. « L’âme dure en son amour-propre s’endurcit. »

30. « Si toi, en ton amour, ô bon Jésus, tu n’adoucis point l’âme, elle persévérera toujours en sa dureté naturelle. »

 C’est la même idée : c’est Toi, Seigneur, qui viens nous tirer de nos bassesses, de notre dureté naturelle !

 Et Tu le fais « en pureté d’amour » : c’est purement par amour, que Tu nous élèves à toi, Seigneur ! Loué sois-Tu !

Même dans notre prière, c’est Dieu qui nous élève à Lui, pour que nous soyons des interlocuteurs « au même niveau » :

 « Bien plus, l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. » Rm 8, 26

Quand nous prions, « glissons-nous » dans la prière que l’Esprit-Saint fait en nous…et soyons vraiment comme de petits enfants balbutiants, pleins de confiance…

Suggestion de textes pour la méditation :

Psaume 138 (139)

Mt 18, 1-5

Textes de sainte Thérèse de Lisieux

  • L’ascenseur (Ms C, 2v-3r)

Vous le savez, ma Mère, j’ai toujours désiré d’être une sainte, mais hélas ! j’ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints qu’il ya entre eux et moi la même différence qui existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé sous les pieds des passants ; au lieu de me décourager, je me suis dit : le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté ; me grandir, c’est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections, mais je veux chercher le moyen d’aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. Nous sommes dans un siècle d’inventions, maintenant ce n’est plus la peine de gravir les marches d’un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j’ai recherché dans les livres saints l’indication de l’ascenseur, objet de mon désir et j’ai lu ces mots sortis de la bouche de La Sagesse Éternelle : Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi. Alors je suis venue devinant que j’avais trouvé ce que je cherchais et voulant savoir, ô mon Dieu! ce que vous feriez au tout petit qui répondrait à votre appel j’ai continué mes recherches et voici ce que j’ai trouvé: Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai Sur mes genoux! Ah ! jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses, ne sont venues réjouir mon âme, l’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel ce sont vos bras, ô Jésus! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. O mon Dieu, vous avez dépassé mon attente et moi je veux chanter vos miséricordes. « Vous m’avez instruite dès ma jeunesse et jusqu’à présent j’ai annoncé vos merveilles, je continuerai de les publier dans l’âge le plus avancé. Ps. LXX.» Quel sera-t-il pour moi cet âge avancé ? Il me semble que ce pourrait être maintenant, car 2.000 ans ne sont pas plus aux yeux du Seigneur que 20 ans… qu’un seul jour… Ah ! ne croyez pas, Mère bien-aimée, que votre entant désire vous quitter… ne croyez pas qu’elle estime comme une plus grande grâce de mourir à l’aurore plutôt qu’au déclin du jour. Ce qu’elle estime, ce qu’elle désire uniquement, c’est de faire plaisir à Jésus…

  • LT 197

À sœur Marie du Sacré-Cœur

17 Septembre 1896.

Jésus †

Ma Sœur chérie, je ne suis pas embarrassée pour vous répondre1… Comment pouvez-vous me demander s’il vous est possible d’aimer le Bon Dieu comme je l’aime ?… Si vous aviez compris l’histoire de mon petit oiseau, vous ne me feriez pas cette question. Mes désirs du martyre ne sont rien, ce ne sont pas eux qui me donnent la confiance illimitée que je sens en mon cœur. Ce sont, à vrai dire, les richesses spirituelles qui rendent injuste, lorsqu’on s’y repose avec complaisance et que l’on croit qu’ils sont quelque chose de grand… Ces désirs sont une consolation, que Jésus accorde parfois aux âmes faibles comme la mienne (et ces âmes sont nombreuses) mais lorsqu’il ne donne pas cette consolation c’est une grâce de privilège, rappelez-vous ces paroles du Père : « Les martyrs ont souffert avec joie et le Roi des Martyrs a souffert avec tristesse. » Oui, Jésus a dit : « Mon Père, éloignez de moi ce calice. » Soeur chérie, comment pouvez-vous dire après cela que mes désirs sont la marque de mon amour ?… Ah ! je sens bien que ce n’est pas cela du tout qui plaît au Bon Dieu dans ma petite âme, ce qui lui plaît c’est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c’est l’espérance aveugle que j’ai en sa miséricorde… Voilà mon seul trésor. Marraine chérie, pourquoi ce trésor ne serait-il pas le vôtre ?… N’êtes-vous pas prête à souffrir tout ce que le Bon Dieu voudra ? Je sais bien que oui, alors, si vous désirez sentir de la joie, avoir de l’attrait pour la souffrance, c’est votre consolation que vous cherchez, puisque lorsqu’on aime une chose, la peine disparait. Je vous assure que si nous allions ensemble au martyre dans les dispositions où nous sommes, vous auriez un grand mérite et moi je n’en aurais aucun, à moins qu’il ne plaise à Jésus de changer mes dispositions. O ma Sœur chérie, je vous en prie, comprenez votre petite fille, comprenez que pour aimer Jésus, être sa victime d’amour,

plus on est faible, sans désirs, ni vertus, plus on est propre aux opérations de cet Amour consumant et transformant … Le seul désir d’être victime suffit, mais il faut consentir à rester pauvre et sans force et voilà le difficile car « Le véritable pauvre d’esprit, où le trouver ? il faut le chercher bien loin » a dit le psalmiste … Il ne dit pas qu’il faut le chercher parmi les grandes âmes, mais « bien loin », c’est-à-dire dans la bassesse, dans le néant… Ah ! restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir, alors nous serons pauvres d’esprit et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons il nous transformera en flammes d’amour…

Oh ! que je voudrais pouvoir vous faire comprendre ce que je sens !… C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour… La crainte ne conduit-elle pas à la Justice (1) ?… Puisque nous voyons la voie, courons ensemble. Oui, je le sens, Jésus veut nous faire les mêmes grâces, il veut nous donner gratuitement son Ciel.

0 ma petite Soeur chérie, si vous ne me comprenez pas c’est que vous êtes une trop grande âme… ou plutôt c’est que je m’explique mal, car je suis sûre que le Bon Dieu ne vous donnerait pas le désir d’être POSSÉDÉE de Lui, de son Amour Miséricordieux s’il ne vous réservait cette faveur… ou plutôt il vous l’a déjà faite, puisque vous vous êtes livrée à Lui, puisque vous désirez être consumée par Lui et que jamais le Bon Dieu ne donne de désirs qu’il ne puisse réaliser…

9 heures sonnent, je suis obligée de vous quitter, ah ! que je voudrais vous dire de choses, mais Jésus va vous faire sentir tout ce que je ne puis écrire…

Je vous aime avec toute la tendresse de mon petit cœur d’enfant RECONNAISSANT

Thérèse de l’Enfant-Jésus rel.carm.ind.

  • A la justice sévère telle qu’on la représente aux pécheurs mais pas de cette Justice que Jésus aura pour ceux qui l’aiment !

Questions :

 ·        Est-ce que je supporte mes limites ? trouver une (ou plusieurs) limite(s) que je n’aime pas chez moi pour l’accueillir sous le regard d’amour de Jésus.

·        Est-ce que je supporte les limites des autres ?  Trouver des exemples concrets où je pourrais faire preuve de davantage de bienveillance, de douceur…

·        Rendre grâce pour la merveille que je suis, me réjouir de ce que je suis.

 Intercession avec la Séquence de Pentecôte :

Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti

Offrons notre vie et notre prière pour que les hommes cherchent ta Puissance, Esprit-Saint, et non pas le pouvoir, la gloire, les honneurs… pour se satisfaire eux-mêmes. Nous prions spécialement pour tous ceux qui ont des responsabilités, une mission d’autorité, dans tous les domaines. Nous prions en particulier pour les éducateurs, les parents, pour qu’ils veillent à ce que le cœur des enfants et jeunes dont ils ont la charge ne soit pas perverti.  

Jour 4 (lundi 18 mai)

Et si ce ne sont pas mes œuvres que tu attends, qu’attends-tu donc, mon très clément Seigneur ? Pourquoi tardes-tu ? Car enfin, si ce que je te demande au nom de ton Fils doit être grâce et miséricorde, prends mon obole puisque tu la désires et donne-moi ce bien puisque toi aussi tu le veux.

Comme nous l’avons vu hier dans la petite parabole que sainte Thérèse donne à une novice, celle du bébé qui lève son petit pied au bas de l’escalier, ce qui nous est demandé, ce n’est pas de monter l’escalier avec nos œuvres à nous mais c’est notre bonne volonté de lever notre petit pied. Ce qui n’est pas rien non plus puisque Thérèse dit « par la pratique de toutes les vertus, levez toujours votre petit pied… » !

Mais l’«œuvre » d’Amour, l’œuvre de nous unir à Lui par l’Amour, pour nous transformer en Amour, c’est Dieu qui la réalise !

Allons plus loin aujourd’hui, en nous demandant encore, à la suite de Saint Jean de la Croix, ce qu’il faut faire pour obtenir ce que notre âme désire : être unie à Dieu…

Pour savoir concrètement ce que je dois faire, pour comprendre ce qu’est exactement pour moi « mon petit pied à lever », le mieux à faire est ce que fait ici Jean de la Croix :  poser la question à Dieu ! « qu’attends-tu donc, mon très clément Seigneur ? »

Qu’attends-tu de moi ? C’est une question à poser sans cesse à Dieu dans notre prière.

Et pas seulement dans notre temps réservé à la prière. Dans toute notre vie. Essayer d’être sans cesse à l’écoute de l’Esprit-Saint pour se laisser conduire par Lui à tout moment.

Mais pour avoir l’habitude de L’écouter à tout moment, il faut s’entraîner à l’écouter dans les moments particuliers d’oraison, de cœur à cœur…

La prière que nous sommes occupés à méditer pour cette Neuvaine est comme la « traduction en mots » du cœur à cœur de saint Jean de la Croix avec Dieu…

Son âme amoureuse demande « qu’attends-tu ? »… Et on dirait qu’il a reçu une réponse car il dit après « prends mon obole puisque tu la désires »

Il a écouté le désir du cœur de Dieu…. Quel est-il ?

Qu’a-t-il perçu qui pourrait nous aider, nous ?

Ce que Tu désires, c’est mon « obole » … Une obole, c’est historiquement une monnaie de très faible valeur. Ce n’est donc pas grand-chose… Et pourtant Tu la désires, Seigneur !

Quelle est-elle, cette obole ?

On peut supposer qu’en utilisant ce mot d’obole, Jean de la Croix avait en tête le texte de l’évangile qui est souvent intitulé « l’obole de la veuve » …

 Levant les yeux, il vit les gens riches qui mettaient leurs offrandes dans le Trésor. Il vit aussi une veuve misérable y mettre deux petites pièces de monnaie. Alors il déclara : « En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres. Car tous ceux-là, pour faire leur offrande, ont pris sur leur superflu mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre. » Lc 21, 1-4

Ce texte est très éclairant pour nous !

L’obole, ce n’est presque rien en valeur absolue…

Comparée aux richesses d’amour de Dieu, tout ce qu’on peut lui donner n’est presque rien ! Et pourtant Il le désire…

Car Il attend en fait que nous lui donnions « tout ce que nous avons pour vivre » !

Sinon Il ne peut pas pleinement nous transformer en Lui, en Amour, tant qu’il y a en nous des choses étrangères à Lui…

Esprit-Saint,
Je t’offre mon corps,
mon âme et mon esprit.

Je mets à ta disposition
tout mon temps,
Tout ce que je possède
et tout ce que je suis.

Dans la « Prière pour l’évangélisation » des Serviteurs de l’Amour, nous avons un aperçu de tout ce que nous pouvons offrir comme obole…

Hier, nous avons parlé des peines et souffrances à offrir.

Mais il y a tout le reste aussi…

  • « Tout ce que je suis » : notre corps, notre psychisme, notre personnalité, nos émotions, nos pensées, notre vie spirituelle, toutes les composantes de notre être…
  • « Tout ce que je possède » : possessions matérielles évidemment mais aussi immatérielles, comme notre famille, nos relations sociales, notre travail ou occupations, nos loisirs, notre éducation…

A quoi sommes-nous trop attachés ? Quelles sont les possessions, au sens large, qui nous entravent et nous empêchent de donner « tout ce que nous avons pour vivre » ?

Saint Jean de la Croix nous explique par ailleurs :

« Qu’importe qu’un oiseau soit attaché d’un fil mince ou d’une corde ? Car, pour fin que soit le fil, l’oiseau y demeurera attaché comme à la corde, tant qu’il ne le brisera pas pour voler. Il est vrai que le fil est plus facile à rompre ; mais pour facile que ce soit, s’il ne le rompt, il ne volera pas. Ainsi en est-il de l’âme qui s’est liée à quelque chose, malgré toutes ses vertus, elle ne parviendra jamais à la liberté de l’union divine. »

(le texte en version plus complète se trouve ci-dessous dans les suggesstions)

  • Il y a également « tout mon temps » !

En effet, « tout ce que nous avons pour vivre », c’est avant tout le temps : le « temps de vie » qui nous est attribué, jour après jour…

Qu’en faisons-nous ? Le temps qui n’est pas offert à Dieu est mort, inutile.

Aujourd’hui, je peux prendre un moment (du temps !) pour réfléchir à mon utilisation du temps… Quelle est mon attitude par rapport au temps ? Est-ce que je vis ancré dans le moment présent, dans la grâce de chaque instant ? Ou est-ce que je rumine sans cesse le passé ? Ou au contraire, est-ce que j’anticipe continuellement ce qui pourrait arriver dans le futur ?

Une façon de donner mon obole à Dieu, c’est de vivre pleinement le moment présent, sous Son regard, dans Sa Providence.

« Pourquoi tardes-tu ? »

Le temps de Dieu n’est pas le nôtre…

Ne pas s’impatienter s’il ne répond pas tout de suite à nos demandes…s’il semble absent…  

Mais vivre au présent, dans la confiance et l’abandon à sa grâce…

« Car enfin, si ce que je te demande au nom de ton Fils doit être grâce et miséricorde »

Ce que je te demande, Seigneur, en fin de compte, cela ne peut être QUE ta grâce et ta miséricorde ! Et c’est suffisant…

Comme le disait Saint Ignace dans sa « prière pour obtenir l’amour ». Il le dit autrement que Saint Jean de la croix, mais c’est la même idée…

Prends Seigneur, et reçois
toute ma liberté, 
ma mémoire, mon intelligence
et toute ma volonté.
Tout ce que j’ai et tout ce que je possède.
C’est toi qui m’as tout donné, à toi, Seigneur, je le rends.
Tout est à toi, disposes-en selon ton entière volonté.
Donne-moi seulement de t’aimer 
et donne-moi ta grâce, elle seule me suffit. »

La grâce suffit car on peut s’appuyer la fin de la phrase de ce jour : « donne-moi ce bien puisque toi aussi tu le veux ». Que nous vivions dans l’Amour, en union avec Lui, c’est ce que Dieu veut pardessus tout !

 Nous l’avons rappelé le premier jour : c’est Lui qui nous aime le premier, qui a l’initiative, qui vient frapper à notre porte…

Nous pouvons ainsi nous appuyer fermement sur son désir à Lui, mettre notre point d’appui non pas en nous mais en Lui. Car son désir est infiniment plus puissant, plus constant que le nôtre.

Avec la confiance qu’Il nous conduira à bon port…

« C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour » (Thérèse de Lisieux, Lettre 197)

Il nous demande de le laisser conduire. Lâchons le volant et laissons sa Providence nous conduire dans les moindres détails de notre vie.

L’obole que nous pouvons lui faire de « tout ce que nous avons pour vivre », c’est donc non seulement notre temps dans le sens de vivre tout le temps en sa Présence, mais notre temps dans le sens de le laisser utiliser notre temps à sa façon !

Suggestion de textes pour la méditation :

Lc 21, 1-4 obole de la veuve

Mt 6, 25-34 la Providence

Prière de saint Ignace (voir dans le texte ci-dessus)

Texte de Saint Jean de la Croix sur les attaches : MC I, 11, 4

… Ces imperfections habituelles sont : comme d’être grand parleur, d’avoir un petit attachement à quelque chose dont on ne se défait jamais, comme à une personne, un habit, un livre, une cellule, à telle sorte de nourriture, et à d’autres petites conversations et petits plaisirs à vouloir goûter des choses, à savoir, ouïr et autres semblables. La moindre de ces imperfections à laquelle l’âme s’attachera ou s’habituera apporte un tel préjudice pour pouvoir croître et s’avancer en la vertu, que, si l’on tombait tous les jours en plusieurs autres imperfections et péchés véniels isolés qui ne procèdent pas d’une coutume ordinaire de quelque mauvaise propriété ordinaire, cela n’empêcherait pas autant que l’affection de l’âme attachée à quelque chose, parce que tant qu’elle la gardera, quoique ce soit une bagatelle, elle ne saurait avancer en la perfection. Qu’importe qu’un oiseau soit attaché d’un fil mince ou d’une corde ? Car, pour fin que soit le fil, l’oiseau y demeurera attaché comme à la corde, tant qu’il ne le brisera pas pour voler. Il est vrai que le fil est plus facile à rompre ; mais pour facile que ce soit, s’il ne le rompt, il ne volera pas. Ainsi en est-il de l’âme qui s’est liée à quelque chose, malgré toutes ses vertus, elle ne parviendra jamais à la liberté de l’union divine.

Questions :

  • Quel est mon rapport au temps : rumination du passé, anticipation, inquiétudes pour l’avenir ?… Réfléchir à ce que je pourrais faire pour vivre davantage dans l’instant, en Présence de Dieu..
  • La prière : est-ce que j’écoute Dieu quand je prie, est-ce que je lui demande ce qu’il attend de moi ? Est-ce que je cherche vraiment à découvrir et accomplir sa volonté chaque jour ?
  • Les attaches : à quoi suis-je trop attaché ? Qu’est-ce qui m’empêche de tout donner à Dieu pour qu’Il puisse m’unir à Lui ?

Intercession avec la Séquence de Pentecôte :

Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime, le cœur de tous tes fidèles.

Offrons notre vie et notre prière pour la fidélité de tous les chrétiens à leur vocation baptismale.

Pour que tous croissent dans l’intimité avec Toi, Esprit-Saint, et avec le Père et le Fils.

Pour que la Trinité soit notre demeure de plus en plus chaque jour.

Jour 3 (dimanche 17 mai)

Et si ce sont mes œuvres que tu attends pour exaucer ma prière par ce moyen, donne-les-moi, toi, et fais-les-moi, avec les peines que tu voudrais accepter, et que cela se fasse !

L’âme amoureuse de Dieu poursuit sa réflexion en forme de prière…

Elle se dit quelque chose comme : « Qu’est-ce qui pourrait m’unir davantage à Dieu, mon Bien-Aimé ? Par quel moyen m’unir à l’Amour ? Pour ne faire qu’UN avec l’Amour, je ne vois pas d’autre moyen que l’amour… et l’amour, cela se manifeste par des actes, pas par de beaux sentiments… il me faut donc aimer en actes… »

Les « œuvres » dont il s’agit, ce sont des œuvres d’amour, des actes d’amour.

 « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.

 Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. » Jn 15, 12-14

Nous connaissons bien ce commandement de l’amour… Mais aimer comme Jésus nous a aimés ? C’est vertigineux ! C’est tellement hors de notre portée !

C’est pourquoi l’âme demande ici à Dieu qu’Il fasse Lui-même en elle ces œuvres d’amour !

Or saint Paul nous dit, dans l’épître aux Ephésiens :

« C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions. » Ep 2, 10

Donc il est prévu que nous les fassions, ces œuvres bonnes !

Saint Jean de la Croix nous inciterait-il à nous « débiner » devant les œuvres d’amour à faire ?

Voyons, encore une fois, comment Thérèse de Lisieux a résolu ce problème…

Après avoir compris que sa vocation était d’être l’Amour (rien que ça !) elle supplie tous les saints du Ciel de lui donner leur « double Amour », à la façon d’Elisée demandant le double esprit d’Élie… Et elle poursuit en disant :

« Jésus, je ne puis approfondir ma demande, je craindrais de me trouver accablée sous le poids de mes désirs audacieux…Mon excuse, c’est que je suis une enfant, les enfants ne réfléchissent pas à la portée de leurs paroles, cependant leurs parents lorsqu’ils sont placés sur le trône, qu’ils possèdent d’immenses trésors, n’hésitent pas à contenter les désirs des petits êtres qu’ils chérissent autant qu’eux-mêmes ; pour leur faire plaisir, ils font des folies, ils vont jusqu’à la faiblesse…

Eh bien ! moi je suis l’ENFANT de l’Eglise, et l’Église est Reine puisqu’ elle est ton Epouse, ô Divin Roi des Rois… Ce ne sont pas les richesses et la Gloire, (même la Gloire du Ciel) que réclame le cœur du petit enfant… La gloire, il comprend qu’elle appartient de droit à ses Frères, les Anges et les Saints… Sa gloire à lui sera le reflet de celle qui jaillira du front de sa Mère. Ce qu’il demande c’est l’Amour… I| ne sait plus qu’une chose, t’aimer, ô Jésus… Les œuvres éclatantes lui sont interdites, il ne peut prêcher l’Évangile, verser son sang… mais qu’importe, ses frères travaillent à sa place, et lui, petit enfant, il se tient tout près du trône du Roi et de la Reine, il aime pour ses frères qui combattent… Mais comment témoignera-t-il son Amour, puisque l’Amour se prouve par les œuvres ? Eh bien, le petit enfant jettera des fleurs, il embaumera de ses parfums le trône royal, il chantera de sa voix argentine le cantique de l’Amour…

Oui mon Bien-Aimé, voilà comment se consumera ma Vie… Je n’ai d’autre moyen de te prouver mon amour, que de jeter des fleurs, c’est-à-dire de ne laisser échapper aucun petit sacrifice, aucun regard, aucune parole, de profiter de toutes les plus petites choses et de les faire par amour… Je veux souffrir par amour et même jouir par amour, ainsi je jetterai des fleurs devant ton trône, je n’en rencontrerai pas une sans l’effeuiller pour toi… » Ms B, 4r

Elle ne peut pas faire les œuvres d’amour grandioses qu’elle rêve d’accomplir…Elle est limitée, dans son Carmel, à la même routine chaque jour… Et elle n’a à aimer que les quelques Sœurs de sa communauté, alors qu’elle rêve d’aimer le monde entier et de prêcher l’évangile jusqu’au bout du monde…

Elle trouve alors cette image de « jeter des fleurs » comme un petit enfant, et il s’agit de ne rien laisser passer comme petit sacrifice, comme petit acte d’amour…

C’est en ce sens que saint Jean de la Croix rajoute : « avec les peines que tu voudrais accepter ».

Même si nous n’avons pas la capacité, ni parfois l’occasion, de réaliser de grandes œuvres d’amour, nous avons toujours la possibilité d’offrir à Dieu nos « peines » …

Nos « peines », ce ne sont pas que des souffrances. C’est aussi simplement la « peine » de chaque jour : le travail quotidien, les petites contrariétés, la patience à avoir envers nos proches, les collègues à supporter…  Ou même tout ce que nous vivons sans trop nous poser de questions, les petits événements quotidiens, les routines, l’ennui… tout ce que nous vivons en « subissant » et qui parfois nous pèse …

Bien sûr, cela peut-être aussi de vraies souffrances : des peines dans le sens de tristesses, deuils, pertes, solitude, souffrances physiques, psychiques, spirituelles…

La Bienheureuse Chiara Luce, jeune italienne morte en 1990 d’un cancer des os très douloureux, avait commencé bien avant son cancer à offrir à Jésus toutes les petites et grandes difficultés quotidiennes : problèmes scolaires, contrariétés diverses…  

Quand la maladie et ses terribles souffrances sont arrivées, elle a continué sur sa lancée en offrant dorénavant non seulement les contrariétés mais ses douleurs intenses, ses multiples pertes (perte de l’usage de ses jambes, de ses diverses activités …) et jusqu’à la perte de sa vie…Tout cela en union avec « Jésus abandonné » sur la Croix.

Par cette offrande, elle a porté beaucoup de fruit, elle est devenue une lumière (d’où son surnom de « Luce ») pour ses proches, ses nombreux amis…et enfin pour toute l’Eglise…

Mais tout le monde n’a pas à vivre de telles souffrances ! C’est un exemple extrême qui nous montre que tout peut être offert, des plus petits ennuis aux plus atroces souffrances…

L’important, c’est que toutes nos peines, nos souffrances physiques ou psychiques, petites ou grandes, nous pouvons les offrir à Dieu. Et que c’est là une façon de vivre avec Lui, en Sa Présence, car c’est vivre en partageant avec Lui tout ce qui fait notre vie, dans tous ses moindres petits événements.

Un beau texte de la poétesse Marie Noël exprime si bien cela :

Je n’ai rien à Te donner

Seigneur, regarde-moi en passant.

Abrite-toi un moment dans mon âme,

Mets-la en ordre d’un souffle,

sans en avoir l’air sans rien me dire.

Si tu as envie que je croie en toi,

Apporte-moi la foi.

Si tu as envie que je T’aime,

apporte-moi l’amour.

Moi je n’en ai pas et je n’y peux rien.

Je Te donne ce que j’ai : ma faiblesse, ma douleur.

Et cette tendresse qui me tourmente

et que Tu vois bien…

Et ce désespoir… Et cette honte affolée…

Mon mal, rien que mon mal… C’est tout.

Et mon espérance…

Te voilà, mon Dieu. Tu me cherchais ?

Que me veux-tu ? Je n’ai rien à Te donner.

Depuis notre dernière rencontre,

je n’ai rien mis de côté pour Toi.

Rien… pas une bonne action. J’étais trop lasse.

Rien… pas une bonne parole. J’étais trop triste.

Rien que le dégoût de vivre, l’ennui, la stérilité.

Donne !

La hâte, chaque jour, de voir la journée finie,

sans servir à rien, le désir de repos loin du devoir et des œuvres,

le détachement du bien à faire, le dégoût de Toi, ô mon Dieu !

Donne !

La torpeur de l’âme, le remords de ma mollesse

et la mollesse plus forte que le remords…

Donne !

Le besoin d’être heureuse,

la tendresse qui brise la douleur d’être moi sans recours… ,

Donne !

Des troubles, des épouvantes, des doutes…

Donne !

Seigneur ! Voilà que, comme un chiffonnier,

tu vas ramassant des déchets, des immondices.

Qu’en veux-tu faire, Seigneur ?

Le Royaume des Cieux…

Jean de la Croix termine sa phrase en disant : « et que cela se fasse ! »

Que Tu fasses vraiment ces œuvres en moi, Seigneur !

Il insiste, comme si ce qu’il avait demandé auparavant n’était pas encore assez éloquent. On dirait qu’il veut exprimer ici toute sa bonne volonté, qui se heurte à son impuissance…

Un peu comme ce que dit Marie Noël dans son poème : je voudrais tellement te donner de bonnes œuvres, de magnifiques œuvres d’amour mais je n’ai rien de valable à t’offrir… Alors, fais-les Toi !

Laissons-nous, une fois de plus, enseigner par la petite Thérèse, avec ses images si parlantes :

(à une novice)

« Vous me faites penser au tout petit enfant qui commence à se tenir debout, mais ne sait pas encore marcher. Voulant absolument atteindre le haut d’un escalier pour retrouver sa maman, il lève son petit pied afin de monter la première marche. Peine inutile ! il retombe toujours sans pouvoir avancer. Eh bien, soyez ce petit enfant ; par la pratique de toutes les vertus, levez toujours votre petit pied pour gravir l’escalier de la sainteté, et ne vous imaginez pas que vous pourrez monter même la première marche ! non ; mais le bon Dieu ne demande de vous que la bonne volonté. Du haut de cet escalier, il vous regarde avec amour. Bientôt, vaincu par vos efforts inutiles, il descendra lui-même, et, vous prenant dans ses bras, vous emportera pour toujours dans son royaume où vous ne le quitterez plus. Mais si vous cessez de lever votre petit pied, il vous laissera longtemps sur la terre. » (conseils et souvenirs 19)

Il y a toute notre « bonne volonté » qui se manifeste en « jetant des fleurs » : actes d’amour au quotidien, offrande de chaque situation… Mais à travers tout cela, c’est Dieu qui fait Son œuvre d’Amour !

Suggestion de textes pour la méditation :

Jn 15, 1-17

Le texte de Marie Noël

Questions :

Quelles peines quotidiennes (ou plus grandes souffrances) puis-je vivre en Présence de Dieu en les lui offrant ?

Quels petits actes concrets de charité pourrais-je poser envers mon entourage ? (imaginer l’une de nos journées-type et passer en revue les situations, les personnes que nous pourrions rencontrer et trouver un petit acte d’amour)

Comment davantage « jeter des fleurs » dans ma vie quotidienne ? (petits sacrifices, petits cadeaux à Jésus ?)

Intercession avec la Séquence de Pentecôte :

Dans le labeur, le repos, dans la fièvre, la fraîcheur, dans les pleurs, le réconfort

Offrons notre vie et notre prière pour les souffrances liées au travail : pour ceux qui n’ont pas de travail, ceux qui ont un travail dévalorisant, qui ne sont pas respectés dans leur environnement de travail ; pour ceux qui ont un travail au-dessus de leurs forces physiques ou psychologiques, qui sont en burn-out à cause de leur travail.

Quand nous nous agitons et enfiévrons à case de notre travail, apaise-nous, Esprit-Saint…

Esprit-Saint, sois notre repos…

Jour 2 (samedi 16 mai)

Si tu te souviens encore de mes péchés pour ne pas accomplir ce que je te demande, fais en eux, mon Dieu, ta volonté, qui est ce que je désire par-dessus tout ; exerce ta bonté et ta miséricorde, et tu seras connu en eux.

Ce que demande l’âme amoureuse, nous l’avons vu hier, c’est l’union à son Bien-Aimé…

Si cette union n’est pas encore accomplie pleinement, à quoi est-ce dû ? L’âme amoureuse s’inquiète de savoir ce qui « bloque », ce qui la sépare encore de l’Aimé … Elle pense bien sûr à ses péchés…

Mais ce qu’elle désire par-dessus tout, c’est la volonté de Dieu. Il est donc logique qu’elle demande que la volonté de Dieu s’accomplisse même dans ce qui y est, a priori, absolument contraire : les péchés… Son amour lui fait chercher à contourner ce qui, normalement, est l’obstacle.

Sainte Elisabeth de la Trinité, dans une dernière lettre à sa Mère Prieure, qu’elle intitule « Secrets pour notre Révérende Mère », lui adresse l’exhortation suivante :

 Il (Jésus) ne vous dit pas comme à Pierre « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Mère, écoutez ce qu’Il vous dit : « Laisse-toi aimer plus que ceux-ci ! c’est-à-dire sans craindre qu’aucun obstacle n’y soit obstacle, car je suis libre d’épancher mon amour en qui il me plaît ! Laisse-toi aimer plus que ceux-ci, c’est ta vocation, c’est en y étant fidèle que tu me rendras heureux car tu magnifieras la puissance de mon amour. Mon amour saura refaire ce que tu aurais défait : Laisse-toi aimer plus que ceux-ci. » LA

Elisabeth, à la suite de Jean de la Croix, a compris que l’obstacle peut ne pas l’être ! Et au contraire, être une occasion que Dieu soit connu, magnifié !

Comment ? Que devons-nous faire pour que la volonté de Dieu se fasse en nos péchés et que ceux-ci ne soient plus des obstacles ?

La solution : s’exposer à la bonté et la miséricorde de Dieu !

Mais il y a un préalable…et c’est là que Sainte Thérèse de Lisieux vient à notre aide :

Jésus, jusqu’à présent, je comprends ton amour pour le petit oiseau, puisqu’il ne s’éloigne pas de toi…mais je le sais et tu le sais aussi, souvent, l’imparfaite petite créature tout en restant à sa place (c’est-à-dire sous les rayons du Soleil), se laisse un peu distraire de son unique occupation, (…)le pauvre petit oiseau s’occupe encore des bagatelles de la terre. Cependant après tous ses méfaits, au lieu d’aller se cacher dans un coin pour pleurer sa misère et mourir de repentir, le petit oiseau se tourne vers son Bien-Aimé Soleil, il présente à ses rayons bienfaisants ses petites ailes mouillées, il gémit comme l’hirondelle et dans son doux chant il confie, il raconte en détail ses infidélités, pensant dans son téméraire abandon acquérir ainsi plus d’empire, attirer plus pleinement l’amour de Celui qui n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs… Si I’ ‘Astre Adoré demeure sourd aux gazouillements plaintifs de sa petite créature, s’il reste voilé… eh bien ! sa petite créature reste mouillée, elle accepte d’être transie de froid et se réjouit encore de cette souffrance qu’elle a cependant méritée. O Jésus ! que ton petit oiseau est heureux d’être faible et petit, que deviendrait-il s’il était grand ?… Jamais il n’aurait l’audace de paraître en ta présence, de sommeiller devant toi … Ms B 5r

Il faut « raconter en détail ses infidélités » pour les présenter aux rayons bienfaisants de la miséricorde.

 Et donc en premier lieu, il s’agit de s’en rendre compte. Ce qui n’est pas toujours évident. Entrer dans la vérité de nos péchés peut faire peur. Thérèse nous invite à une confiance qui va jusqu’à l’audace… Justement parce qu’elle est faible et petite !

Demandons à l’Esprit-Saint la lumière sur nos péchés.

Une lumière nouvelle ! Cette Neuvaine pourrait être l’occasion de débusquer des péchés dont nous ne nous rendons pas compte habituellement…

Pour pouvoir les exposer à la Miséricorde. Si possible dans le Sacrement de Réconciliation…

Et ensuite ? C’est là le problème souvent…

Une fois la miséricorde reçue, on s’en va « vaquer à ses occupations », au sens propre et au sens figuré…

Mais Thérèse nous parle de « rester à sa place sous les rayons du soleil ». Et même si on va probablement vite s’occuper à nouveau des « bagatelles de la terre », ou  même si « le Soleil est voilé », selon les images de Thérèse, il faut cependant « rester en place », c’est-à-dire vivre en présence de l’Amour, en présence de Dieu, le plus continuellement possible…

Vivre d’Amour, c’est bannir toute crainte

Tout souvenir des fautes du passé.

De mes péchés je ne vois nulle empreinte,

En un instant l’amour a tout brûlé…

Flamme divine, ô très douce Fournaise !

En ton foyer je fixe mon séjour

C’est en tes feux que je chante à mon aise :

« Je vis d’Amour ! … » PN 17, 6

Au fur et à mesure, jeter les péchés dans la Miséricorde, et à l’instant même, ils sont brûlés…et on y fixe son séjour…

On vit avec l’Amour en continu et cela nous transforme peu à peu, nous empêche de plus en plus de retomber dans le péché…

La Miséricorde a une action « préventive », en plus d’être « curative » …

Sainte Thérèse nous l’explique dans cette petite parabole :

(…) je n’en fus préservée que par la grande miséricorde du Bon Dieu !… Je reconnais que sans Lui, j’aurais pu tomber aussi bas que Sainte Madeleine et la profonde parole de Notre Seigneur à Simon retentit avec une grande douceur dans mon âme… Je le sais : « celui à qui on remet moins aime moins » mais je sais aussi que Jésus m’a plus remis qu’à Ste Madeleine, puisqu’il m’a remis d’avance, m’empêchant de tomber. Ah ! que je voudrais pouvoir expliquer ce que je sens !… Voici un exemple qui traduira un peu ma pensée. Je suppose que le fils d’un habile docteur rencontre sur son chemin une pierre qui le fasse tomber et que dans cette chute il se casse un membre, aussitôt son père vient à lui, le relève avec amour, soigne ses blessures, employant à cela toutes les ressources de son art et bientôt son fils complètement guéri lui témoigne sa reconnaissance. Sans doute cet enfant a bien raison d’aimer son père ! Mais je vais encore faire une autre supposition. Le père ayant su que sur la route de son fils se trouvait une pierre, s’empresse d’aller devant lui et la retire (sans être vu de personne). Certainement, ce fils, objet de sa prévoyante tendresse, ne SACHANT pas le malheur dont il est délivré par son père ne lui témoignera pas sa reconnaissance et l’aimera moins que s’il eût été guéri par lui…Mais s’il vient à connaître le danger auquel il vient d’échapper, ne I ‘aimera-t-il pas davantage ?

Eh bien, c’est moi qui suis cette enfant objet de l’amour prévoyant d’un Père qui n’a pas envoyé son Verbe pour racheter les justes mais les pécheurs. Il veut que je l’aime parce qu’il m’a remis, non pas beaucoup mais tout. Il n’a pas attendu que je l’aime beaucoup comme Ste Madeleine, mais il a voulu que JE SACHE comment Il m’avait aimée d’un amour d’ineffable prévoyance, afin que maintenant je l’aime à la folie !… J’ai entendu dire qu’il ne s’était pas rencontré une âme pure aimant davantage qu’une âme repentante, ah ! que je voudrais faire mentir cette parole !… Ms A 38v-39r

Thérèse cite aussi dans ce texte l’évangile de la pécheresse chez Simon (Lc 7, 36-50) : « Mais celui à qui on remet peu montre peu d’amour. »

Simon est-il moins pécheur que la femme « pécheresse » ? Pas si sûr…Ses péchés sont sans doute moins visibles, moins « de notoriété publique », que ceux de la femme. Mais justement, comme il se croit irréprochable, « son péché demeure », comme dit saint Jean (Jn 9, 41) : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais vous dites : Nous voyons ! Votre péché demeure. » … Il ne se remet pas en question, il croit qu’il voit bien, qu’il est « clean »… Si on lui a moins remis et qu’il a, de ce fait, montré moins d’amour, ce n’est peut-être pas parce qu’il a moins de péchés mais parce qu’il en prend moins conscience !

Et comme il ne veut pas voir son péché, il ne l’a pas exposé en détail en pleurant, comme le petit oiseau de Thérèse, comme la pécheresse… Et donc la Miséricorde ne peut pas agir…En revanche, elle peut agir pleinement chez la pécheresse…et chez Thérèse…qui montrent alors beaucoup d’amour ! …C’est l’effet « préventif » de la miséricorde : faire en sorte que l’amour grandisse…et que le péché diminue…

Mais il ne faudrait pas croire non plus qu’il suffit de pleurnicher pour que les péchés s’en aillent ! Bien sûr, il y a le combat. Et Thérèse de Lisieux (et tous les saints) ont beaucoup combattu… mais le combat doit toujours se faire en étant « suspendu » à la Miséricorde, par les deux mains : celle de l’humilité et celle de la confiance.

Voici un petit exemple de sainte Mariam de Bethléem, qui illustre qu’un gros défaut, un péché récurrent, peut finalement tourner à notre avantage par le fait même de le combattre sans cesse !

Une novice lui a dit : « Il n’y a pas de saints qui se soient sanctifiés par l’orgueil ? » Elle répondit : « Il y a beaucoup de saints qui se sont sanctifiés par l’orgueil, parce qu’ils ont travaillé toute leur vie à le combattre, et à faire le contraire de ce que leur orgueil leur inspirait. Quand il les portait à aller en avant, ils allaient en arrière ; à s’élever, ils s’abaissaient ; à ouvrir les yeux, ils les fermaient ; à parler, ils se taisaient ; etc. Et toujours comme ça. Et tout vient de l’orgueil. Mais c’est un grand bien d’avoir un défaut à combattre, c’est la plus grande des grâces… » (Cahier réservé 6)

C’est comme cela que Dieu peut être « connu » dans les péchés : ce n’est pas par les péchés en eux-mêmes car le mal reste un mal, bien sûr… mais par la Miséricorde qui les a vaincus !

Dieu est connu et glorifié lorsqu’il peut exercer sa Miséricorde… Et c’est même sa joie, son bonheur de venir nous chercher aussi bas que nous soyons.

Et l’Amour m’a choisie pour holocauste, moi, faible et imparfaite créature… Ce choix n’est-il pas digne de l’Amour ?…

Oui, pour que l’Amour soit pleinement satisfait, il faut qu’ll s’abaisse, qu’il s’abaisse jusqu’au néant et qu’il transforme en feu ce néant ! Ms B 3v

On perçoit ici déjà tout le chemin de décentrement auquel nous sommes appelés, tout au long de la Neuvaine et de notre vie…  

A la suite de Jean de la Croix, Thérèse de Lisieux et beaucoup d’autres, apprenons à considérer les choses du « point de vue » de Dieu : ce ne sont plus tant nos problèmes, nos péchés qui sont importants mais que Dieu soit « connu en eux » donc que LUI y trouve la joie de pouvoir exercer son Amour !

Suggestion de textes pour la méditation :

Lc 7, 36-40 la pécheresse chez Simon

Psaume 50 : montre-moi, Seigneur, les péchés que Tu veux que j’expose à Ta miséricorde

Intercession avec la Séquence de Pentecôte :

Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur

Offrons notre vie et notre prière pour ceux qui vivent dans la solitude, intérieure ou extérieure.

Qu’ils découvrent ta présence et qu’ils en soient consolés.

Doux Esprit-Saint, mets en nous un esprit de douceur pour consoler ceux qui en ont besoin.

Jour 1 (vendredi 15 mai)

Prière de l’âme enamourée

Seigneur Dieu, mon Bien-Aimé…

« C’est pourquoi je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur. » Os 2,16

Nous commençons aujourd’hui une neuvaine pour que notre âme soit embrasée d’Amour…

On nous parle tellement de l’Amour, de l’Amour de Dieu… Cela nous semble peut-être normal, banal…

Dieu nous aime… N’avons-nous pas l’impression de déjà le savoir ? Et pour certains depuis parfois bien longtemps… Alors, quoi de neuf ?

En réalité, nous n’avons aucune idée de ce qu’est vraiment l’Amour…

« Qu’est-ce que l’amour en soi ? Personne n’en sait rien… » nous dit Ruysbroeck…

L’Amour est toujours au-delà… toujours plus grand que tout ce qu’on peut s’imaginer, que tout ce qu’on peut vivre sur la terre…

Heureusement, Ruysbroeck rajoute : « Mais quelques-unes de ses actions sont connues… » Nous pouvons donc quand même en découvrir quelque chose…

Au cours de cette Neuvaine, prenons le temps de redécouvrir l’amour de Dieu pour nous. L’Amour est toujours nouveau, car toujours insaisissable…

Laissons-nous re-séduire…C’est au désert qu’Osée emmène son épouse infidèle pour lui parler au cœur et la ramener à lui. Prenons, nous aussi, un moment de vrai « désert », chaque jour, pour laisser Dieu parler à notre cœur.

Que veut-il nous dire ?  La première chose, c’est toujours nous « déclarer sa flamme ».

Le Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus aime beaucoup parler de l’  « amour diffusif » : l’amour par sa nature doit toujours se répandre, comme un gaz qui est toujours en expansion, tant qu’il n’est pas arrêté…

Mère Teresa dit cela autrement… A partir du cri de Jésus sur la croix « J’ai soif », elle voit la soif qu’a Jésus de se donner à nous. Et pour ça, il a besoin de notre soif à nous. Il a soif de notre soif de Lui…Tout son apostolat aura pour but d’étancher la soif de Jésus …

« Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » Ap 3,20

Ne soyons pas cruels envers l’Amour qui se languit à notre porte… Ouvrons-Lui…

L’ouverture sera à la mesure de notre désir… Et au plus l’ouverture sera béante, au plus il pourra entrer « en torrent », selon l’image chère à Marie-Eugène.

Dans la « prière de l’âme amoureuse », on sent que l’âme éprise est animée d’un grand désir. Pourtant, au début de la prière, elle paraît ne pas avoir obtenu ce qu’elle désire : « si tu te souviens encore de mes péchés pour ne pas accomplir ce que je te demande… »

Mais que demande-t-elle au juste ? Elle dit juste après : « ta volonté, qui est ce que je désire le plus ». Ce qu’elle désire le plus est donc la volonté de Dieu… Mais cela ne semble pas vraiment être l’objet initial de sa demande…qu’elle ne précise pas.

Alors, quelle pourrait être sa demande ?

L’âme « en-amourée », après avoir été séduite par Dieu, et avoir compris que Dieu l’aime d’un amour infini, inconditionnel, lui a ouvert la porte… Et elle a commencé à vouloir répondre à cet amour. Elle l’aime déjà mais désire l’aimer davantage.

Son Bien-Aimé, elle désire « bien l’aimer » ! Elle souffre de ne pas pouvoir l’aimer autant qu’il l’aime…Car l’amour demande la réciprocité : partager « le repas avec lui et lui avec moi » …

« Voici que l’Esprit touche notre esprit de son doigt, et il lui dit dans sa profondeur : aime-moi comme je t’aime, comme je t’aimais éternellement. Or cette voix, cette prière, cette exigence intérieure est si horrible à entendre, que vous êtes secoué tout entier par la tempête de l’amour et toutes les puissances de l’âme, ébranlées et tremblantes, se tournent les unes vers les autres d’un air interrogateur : aimons-nous, disent-elles, aimons-nous l’Amour éternel, l’Amour sans épuisement ? »

Ces mots assez extrêmes de Ruysbroeck peuvent nous aider à un peu mieux comprendre à quel point nous ne sommes pas « à la hauteur » de l’Amour dont nous sommes aimés par Dieu. Or l’âme amoureuse aspire à l’union avec l’être aimé, qui implique cette réciprocité de l’Amour !

C’est cette demande que l’âme ardente exprime ici : celle d’être unie au Bien-Aimé dans un même Amour.

Ce nom de « Bien-Aimé » rappelle bien sûr le Cantique des Cantiques, dont s’est inspiré Saint Jean de la Croix pour son « Cantique Spirituel », qui commence par ces mots :

« Où t’es-tu caché, Bien-Aimé, me laissant toute gémissante ? ».

Et moi ? Est-ce qu’aujourd’hui mon âme est « toute gémissante » du désir de plus d’union à Dieu ?

Ce premier jour de la Neuvaine est le moment de faire le point sur mon désir de Dieu…

Désir à ranimer ?  à purifier ?

Au début du Cantique des Cantiques, la bien-aimée exprime son désir, « qu’il me baise des baisers de sa bouche ». Mais en fait, c’est le Bien-Aimé qui lui dit en premier « tu es belle », c’est lui qui a l’initiative de la rencontre, qui va dévaler les montagnes pour venir frapper à sa porte …Et c’est lui encore qui dans tout le Cantique fera le plus souvent l’éloge de sa bien-aimée…

« Que tu es belle, que tu es charmante, ô amour, ô délices ! » Ct 7, 7

« Tu me fais perdre le sens, ma sœur, ô fiancée, tu me fais perdre le sens par un seul de tes regards, par un anneau de ton collier ! » Ct 4, 9

Pensons-nous réellement que nous faisons « perdre la tête » à Dieu ? qu’Il est épris de nous à la folie ? Pourtant sa folie d’amour ira jusqu’à la Croix …

Aujourd’hui… pour commencer la Neuvaine, laissons Dieu parler à notre cœur pour qu’Il puisse nous redire son amour.

Et à notre tour, redisons-lui notre amour, notre désir de l’aimer davantage. De l’aimer avec son amour à lui car l’amour demande la réciprocité parfaite.

Alors comment aimer Dieu si ce n’est avec son propre amour qu’il répand dans nos cœurs par l’Esprit-Saint… N’ayons pas peur de réclamer l’Esprit-Saint « à cor et à cris » !

Suggestion de textes pour la méditation :

  • Le Cantique des Cantiques : si on a un peu le temps, il peut être bien de commencer à relire tout le livre du Cantique des Cantiques et de s’arrêter aux passages qui nous touchent particulièrement.
  • Si on dispose de moins de temps, on peut prendre un ou plusieurs des passages suivants :  Ct 2, 8-14 ; Ct 4, 7-16 ; Ct 5, 2-8 ; Ct 8, 6-7
  • Ou alors dans la première lettre de Saint Jean : Dieu nous aime le premier ! 1 Jn 4, 7-16

Intercession, en suivant la Séquence de Pentecôte :

Viens en nous, viens Père des pauvres, viens dispensateur des dons,

viens lumière de nos cœurs.

Offrons notre vie et notre prière pour les pauvres de toute sorte : pauvretés matérielles, psychologiques, sociales, spirituelles…

Toi, Esprit-Saint, Personne-Don, mets en nous un esprit de don, pour nous donner au service de tous les pauvres.

Jour 0 (jeudi 14 mai-fête de l’Ascension) : introduction à la Neuvaine

« L’Amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné » Rm 5,5

L’Esprit-Saint nous a déjà été donné…Mais il nous faut sans cesse l’accueillir davantage…

La Neuvaine de Pentecôte, que nous pourrons vivre à travers les méditations qui seront postées ici, est un « entraînement » à ouvrir de plus en plus notre cœur, pour qu’à la Pentecôte nous puissions être embrasés d’Amour, à la suite de saint Jean de la Croix, qui nous a laissé cette prière :

la « Prière de l’âme énamourée ».

C’est le nom qu’on lui donne le plus souvent…

« Énamouré » ou « enamouré » est un mot un peu vieilli, qui signifie être enflammé d’amour, être très épris : être « en amour »… En langage moderne, on dirait plutôt amoureux… On pourrait donc dire « prière de l’âme amoureuse »… Mais on risque alors de le prendre dans le sens du sentiment amoureux… Or, ce n’est pas cela…Saint Jean de la Croix ne parle pas ici de sentiment mais de l’Amour divin qui a envahi l’âme. Elle est d’ailleurs parfois appelée aussi « prière de l’âme embrasée d’Amour »

Saint Jean de la Croix, quand il écrit cette prière, est déjà bien embrasé d’Amour de Dieu…

Mais cela ne nous empêche pas de cheminer, nous aussi, avec cette prière, pour que notre cœur s’embrase de plus en plus.

Seigneur Dieu, mon Bien-Aimé, si tu te souviens encore de mes péchés pour ne pas accomplir ce que je te demande, fais en eux, mon Dieu, ta volonté, qui est ce que je désire par-dessus tout ; exerce ta bonté et ta miséricorde, et tu seras connu en eux.

Et si ce sont mes œuvres que tu attends pour exaucer ma prière par ce moyen, donne-les-moi, toi, et fais-les-moi, avec les peines que tu voudrais accepter, et que cela se fasse !

Et si ce ne sont pas mes œuvres que tu attends, qu’attends-tu donc, mon très clément Seigneur ? Pourquoi tardes-tu ? Car enfin, si ce que je te demande au nom de ton Fils doit être grâce et miséricorde, prends mon obole puisque tu la désires et donne-moi ce bien puisque toi aussi tu le veux.

Qui pourra se libérer de ses basses manières et de ses pauvres limites, si toi-même tu ne l’élèves à toi en pureté d’amour, mon Dieu ? Comment s’élèvera jusqu’à toi l’homme engendré et grandi dans la bassesse, si toi-même ne l’élèves, Seigneur, avec ta main qui l’a fait ?

Tu ne m’enlèveras pas, mon Dieu, ce qu’une fois tu m’as donné en ton Fils unique Jésus-Christ. En lui tu m’as donné tout ce que je désire. C’est pourquoi je me réjouirai de ce que tu ne tardes pas, si moi j’attends. Avec quels atermoiements attends-tu, mon âme, puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu en ton cœur ?

À moi sont les cieux et à moi est la terre ; et à moi sont les peuples, les justes sont à moi et à moi les pécheurs ; les anges sont à moi et la Mère de Dieu est à moi et toutes les choses sont à moi ; et Dieu même est à moi et pour moi, parce que le Christ est à moi et tout entier pour moi. Alors que demandes-tu et que cherches-tu donc, mon âme ? À toi est tout ceci et tout ceci est pour toi. Ne t’estime pas moindre. Ne t’arrête pas aux miettes qui tombent de la table de ton Père.

Sors au dehors et glorifie-toi en ce qui fait ta gloire. Cache-toi en elle et sois dans la joie, et tu obtiendras ce que ton cœur demande.

D’un point de vue pratique : après avoir lu la prière en entier nous la méditerons ensuite morceau par morceau, chaque jour de la Neuvaine. Mais il peut être intéressant de la relire entièrement tous les jours. On peut la retrouver facilement dans l’onglet séparé.

Pour prolonger la méditation de l’extrait du jour, différentes démarches pourront être proposées : un texte biblique à méditer, parfois un texte d’un saint, une ou deux questions…

Mais ce ne sont que des propositions. Suivons avant tout ce que l’Esprit-Saint nous inspire…

Chaque jour, il y aura aussi une intention de prière, pour que la grâce de cette neuvaine se répande sur le monde…